Si le projet syndical est de rassembler les travailleurs pour la défense commune de leurs intérêts matériels et moraux, il faut admettre que parmi les personnels d’enseignement, d’éducation, d’orientation et de vie scolaire des établissements du second degré, en activité ou retraités, syndiqués au SNES ou futurs syndiqués au SNES, il existe un spectre d’opinions politiques assez large. Il est probable que, parmi les listes et les orientations présentées pour l’élection du parlement européen le 7 juin prochain, des choix différents seront faits par les adhérents du SNES comme par l’ensemble des collègues que nous représentons et que nous avons vocation à rassembler. Pourtant, s’il n’a pas vocation à distribuer les bons points ou indiquer de préférence entre ces listes et les organisations politiques qui les présentent, le SNES ne peut se désintéresser de cette échéance et des débats dont elle est l’occasion.

Pour les éducateurs, les syndicalistes, les citoyens, les démocrates, les pacifistes que nous sommes, l’idée européenne est porteuse de valeurs que nous partageons : paix, amitié et coopération entre les peuples, libre circulation des hommes et des idées, démocratie et libertés collectives. Si pour certains, tout au long de l’histoire de la construction européenne, l’affichage de ces valeurs comme objectifs constituait et reste une conviction sincère, d’autres en revanche, qui se piquent du même discours, dissimulent des valeurs d’une autre nature : accaparement des richesses produites, mise en concurrence des travailleurs au sein de l’UE comme entre l’UE et les pays du sud, destruction des garanties collectives et des avancées sociales au nom de la « concurrence libre et non faussée », démantèlement des services publics pour en livrer les pans « rentables » aux appétits du secteur marchand et diminuer les dépenses consacrées aux droits du plus grand nombre, désignation de boucs émissaires face à la crise et développement des contrôles policiers aux frontières de l’UE, criminalisation et répression des mouvements sociaux.

Le mouvement syndical a ses responsabilités propres et doit se structurer mieux et se renforcer au niveau européen, pour construire un rapport de force favorable aux travailleurs et, pour cela, développer des actions à ce niveau. Les milieux patronaux financiers et industriels savent bien pour leur part, au sein de lobbies comme l’ERT ou l’OCDE, préparer les argumentaires et développer les actions qui servent leurs intérêts à destination des institutions européennes et de leurs fonctionnaires. Mais dans le même temps l’exemple national montre que les mouvements sociaux les plus puissants et les plus déterminés ont besoins que leur soient ouvertes les perspectives politiques qui aujourd’hui font défaut.

Les politiques publiques prétendument réformées auxquelles nous sommes aujourd’hui confrontées dans notre pays, les destructions massives d’emplois et la pression sur les salaires, les pensions, la protection sociale, les mises en cause des droits à la santé, à l’éducation, à la culture, au logement, à l’accès équitable à l’eau potable, à l’air respirable, aux différentes énergies, aux transports collectifs, sont coordonnées au niveau des différentes institutions européennes. La France a communiqué son programme de « Réformes » à la Commission européenne qui évalue régulièrement l’avancée de ce programme. Ceux qui se sont largement mobilisés les 29 janvier, 19 mars, 1er mai seront nécessairement impliqués dans le scrutin du 7 juin.

Nous devons interpeller les candidats sortants comme les organisations politiques qui présentent des listes de candidats à nos suffrages : quelles sont leurs responsabilités dans la situation actuelle ? Quel contrôle parlementaire de l’activité de la Commission ont ils exercé ou tenté d’exercer ? Face à la crise, qui a mis en évidence les conséquences désastreuses du partage léonin des richesses comme la nécessité de l’intervention des Etats, seuls ou de façon coordonnée, proposent-ils de poursuivre dans la même direction ou envisagent-ils de vraies solutions, dans le sens de la réduction des inégalités et de l’intérêt collectif ? Quelle a été leur positionnement par rapport à la directive Bolkenstein ? Par rapport à la tentative de fixer à 65 heures la durée hebdomadaire légale du travail ? Par rapport aux détentions administratives d’étrangers à l’Union, quel que soit leur âge et leur situation personnelle ? Par rapport au « traité de Lisbonne », duplicata du TCE rejeté par les citoyens de plusieurs Etats de l’UE dont la France ?

La liste des questions à poser n’est pas ici exhaustive : chacun saura la compléter selon sa situation, ses préoccupations militantes ou citoyennes ; nul doute que les réponses alimenteront le débat électoral et éclaireront nos choix le 7 juin.