1er décembre 2010

Edito

La déclaration à laquelle le Recteur et le Président de Région ont failli échapper

La déclaration à laquelle le Recteur et le Président de Région ont failli (...)

Le Conseil Académique de l’Éducation Nationale (CAEN) de rentrée, convoqué le mercredi 1er décembre 2010, a été annulé in extremis pour cause de neige en décembre et reporté à la fin janvier.

Le contexte et les dossiers d’actualité auront probablement évolué dans deux mois ; aussi, au lieu de surgeler ou recycler notre intervention, nous avons préféré la publier sur ce site.

Un contexte particulier

Ce Conseil Académique de l’Education Nationale tient sa première session de l’année dans un contexte particulier. Les semaines écoulées depuis la rentrée ont été marquées par un mouvement social d’une ampleur et d’une durée exceptionnelles, bénéficiant d’un soutien marqué de l’opinion publique. Au-delà de la question des retraites, ce mouvement a interpellé toute la société d’une question qui concerne au premier chef les personnels de l’Education, les parents, les jeunes, les responsables politiques et administratifs représentés ici : pour quelle société préparons-nous les jeunes dont nous avons l’éducation en charge ? Quelle société préparons-nous pour demain ?

L’actualité récente, au moment où les associations caritatives ouvrent leur campagne d’hiver et où le froid vient de faire ses premières victimes, apporte un élément de réponse : dans un pays de plus en plus riche, la pauvreté augmente, en nombre de victimes et en intensité. Plusieurs médias l’ont souligné récemment, les jeunes sont particulièrement touchés par cette pauvreté.

À cette question, les cortèges de ces dernières semaines ont répondu à l’envie : « les jeunes dans la galère, les adultes précaires, les vieux dans la misère, on n’en veut pas de cette société-là ! ».

La question des retraites, comme celles des salaires, de la protection sociale, des services publics et de l’emploi ne sont ni des questions démographiques, ni d’insuffisance de moyens mais relèvent bien d’un autre partage des richesses.

Une politique de lutte des classes assumée au service des plus riches.

Face à cette interpellation de toute la société, le pouvoir politique a maintenu ses orientations. Le changement de gouvernement, annoncé depuis des mois, a été un non-événement. Le pouvoir, affectant de savoir mieux que les citoyens où est l’intérêt général — ce qui pose une véritable question de démocratie et de fonctionnement de nos institutions — et travestissant en fermeté et courage sa surdité et son aveuglement, mène en réalité une politique de classe. Dans notre pays comme dans toute l’Europe, au service d’une caste minoritaire de privilégiés, il entend faire payer aux peuples et aux travailleurs, une prétendue crise qui n’est due qu’à la cupidité de quelques uns dont l’âpreté au gain n’a d’égale que la suffisance et la morgue.

Dans l’Éducation nationale

Dans l’Éducation Nationale les coupes budgétaires se poursuivent. De nouvelles suppressions de postes sont annoncées au budget 2011. Les prétendues réformes des lycées, de la formation des maîtres, de l’orientation, ne sont que les moyens d’absorber ces suppressions. Nous l’avons vu cette année, avec la disparition des emplois stagiaires et donc de l’année de formation des enseignants, avec les nouvelles secondes où le discours sur « l’aide individualisée » se traduit par des réalités complètement différentes d’un établissement à l’autre, mais avec dans tous les cas des effectifs en hausse. On nous annonce de nouvelles dégradations à venir, en lycée avec la poursuite de la réforme, comme en collège où le rapport du Haut Conseil de l’Education préfigure de nouveaux renoncements en matière d’ambition éducative.

A tous les niveaux, la transformation de postes en heures supplémentaires, dans des volumes si importants qu’elles ne peuvent plus être absorbées comme telles, se traduit par le recrutement de vacataires, en toute illégalité, et donc le remplacements d’enseignants titulaires, de fonctionnaires qualifiés et formés, par des personnels précaires, sans statut, sans formation et sans possibilité de résister aux pressions de la hiérarchie locale ou rectorale. Dans ce pays, l’Etat est le premier à déréglementer, à s’affranchir de ses propres règles et à précariser la situation de ses agents, en particulier dans l’Education Nationale.

Lycée Emmanuel Mounier, un dossier emblématique.

Dans ce contexte, le dossier du lycée Emmanuel Mounier est emblématique de ce renoncement aux ambitions éducatives. Il interpelle toutes les composantes de cette assemblée. Nous n’entrerons pas ici dans le débat d’experts au sujet de la sécurité des bâtiments. Il existe non seulement une contre-expertise à l’initiative du collectif Mounier qui contredit les premières conclusions communiquées, mais également plusieurs lectures possibles des études mêmes menées par les bureaux d’études de la Région. Mais la question posée aux responsables politiques reste la même : si le danger est imminent, comment peut-on avoir pris le risque de poursuivre l’activité cette année ? Et dans ce contexte que signifie la position actuelle de la Région de poursuivre jusqu’en 2013 une activité amputée des BTS et des secondes dès l’an prochain, si ce n’est que le redéploiement du recrutement est plus fondamental dans ce dossier que la sécurité des bâtiments et donc des élèves et des personnels ?

Pour nous, que la disparition du lycée Emmanuel Mounier soit complète à la rentrée prochaine ou que sa mort lente soit programmée sur trois ans ne change rien à la destruction de cet outil de mixité sociale et de réussite scolaire d’un public d’une grande diversité. Il faut être bien ignorant de la réalité de la vie d’un établissement comme de la gestion des moyens, pour imaginer pouvoir préserver les équipes et les projets dans l’attente d’une hypothétique reconstruction ! A moins qu’il ne s’agisse de duplicité.

Nous ignorons si le Président de Région a vu sa bonne foi abusée ou s’il couvre d’autres intérêts, mais le calendrier même de l’annonce de la fermeture, par les élus régionaux lors du CA de l’établissement, le jour même où les familles concernées étaient informées du redéploiement préparé par les services du Rectorat, la convergence d’intérêts budgétaires entre l’Etat et la Région, les propos tenus l’an dernier par des chefs d’établissements, ceux de Monsieur le Recteur cette semaine dans les médias, imputant à l’équipe de Mounier de s’être laissée devancer par celle de Vaucanson, l’aubaine politique que constitue pour le représentant du ministre une décision qui sera finalement assumée par un exécutif « de gauche », nous font douter de la sincérité des arguments. Nous soupçonnons une décision de fermeture du lycée bien antérieure et préparée conjointement par les services de la Région et ceux du Rectorat.

Un dépeçage qui excite bien des appétits

Les élèves, les familles, les personnels du lycée se sont mobilisés dès l’annonce de la fermeture et ont, par leur mobilisation et leurs actions, imposé d’être écoutés à défaut d’être entendus ; s’ils ont déjà obtenu l’engagement de la reconstruction d’un lycée, ils ne comprennent pas l’entêtement à mettre à mort leur lycée.

Ils n’ont pas apprécié non plus de se voir confisquer le MUNGA, alors que, élèves et enseignants, ils avaient été les promoteurs du projet à Grenoble. Dans le contexte de lutte des classes décrit en introduction, que cet événement ait été récupéré par le lycée vitrine de la bourgeoisie a été une maladresse supplémentaire, à moins qu’il ne s’agisse d’une brimade intentionnelle.

La FSU tient à dénoncer ici les accusations portées contre l’un de ses syndicats, le SNES, devant des responsables politiques et élus locaux. Aux dires d’élus de Grenoble nous aurions, tels Janus bifrons, deux visages et deux discours, l’un public d’une grande fermeté tandis que nous négocierions déjà les réaffectations des personnels de l’autre. Nous ignorons d’où viennent ces rumeurs qui n’honorent guère ceux qui les ont lancées et font douter de leur sincérité sur ce dossier. Nous rappelons que, convoqués sur ce dossier, en même temps que les autres organisations syndicales, par l’ancien Secrétaire général de l’académie, nous avons refusé d’envisager les mesures de redéploiement des structures, des élèves et des personnels, estimant que pour l’heure, la question était celle du maintien du lycée Mounier et non de son dépeçage.

Nous demandons solennellement, devant cette instance coprésidée par l’État et la Région, le maintien du lycée Mounier et de l’ensemble de ses structures pédagogiques ; si vous prenez cette décision pour la rentrée prochaine, ne serait-ce qu’à titre conservatoire, cela permettrait à tous les acteurs d’envisager toutes les réflexions et tous les projets sur l’organisation et l’implantation des établissements de second degré sur l’agglomération, hors de la perspective immédiate de mise à mort d’un tel outil de mixité, de promotion, de réussite des élèves, sauf à penser que c’est peut-être le véritable but poursuivi.