Quelle réforme pour quelle formation ?

Le Ministère de l’Education nationale fait le point le 13 novembre 2008, suivi par la CDIUFM dans une Foire aux questions [1] :

- Les futurs enseignants devront justifier de l’obtention d’un diplôme de master pour pouvoir être recrutés à titre définitif à l’issue des nouveaux concours de recrutement. Chaque université est libre de proposer des parcours adaptés, pilotés par le cahier des charges de la formation des maîtres et les nouveaux concours. Tout étudiant inscrit en deuxième année de master ou ayant déjà validé celui-ci pourra se présenter au concours.

- Les concours restent nationaux, « tout en rendant possible une politique de première affectation plus conforme aux souhaits des jeunes enseignants et plus proches de leurs lieux de formation initiale ». La certification de niveau scientifique des candidats est confiée aux universités dans le cadre des masters. Les concours sont un outil de sélection et de processus de classement. Un des principes directeur est « d’impliquer dans le recrutement des personnels de direction, des membres de l’administration et de la hiérarchie de l’Education nationale ainsi que des membres de la société civile.
Pour le CAPES deux épreuves écrites d’admissibilité. Le programme est disciplinaire, et son niveau exigé est celui de la licence. « Si le nombre des disciplines d’un concours est supérieur à deux, il sera procédé pour chaque session à un tirage au sort le jour de l’épreuve pour déterminer les disciplines qui seront effectivement proposées aux épreuves d’admissibilité.
Deux épreuves d’admission, l’une portant sur un exercice pédagogique, l’autre étant une épreuve sur dossier, d’entretien avec le jury sur le fonctionnement du système éducatif. »
L’agrégation est modifiée en introduisant un exercice pédagogique à l’oral et l’épreuve d’entretien avec le jury.

- A la suite de la réussite au concours, les lauréats des nouveaux concours seront mis en situation d’enseignement à temps plein avec l’aide et le soutien de professeurs expérimentés, tout en pouvant suivre des actions de formation en dehors du temps scolaire. A l’issue de cette année, le professeur fonctionnaire stagiaire pourra être titularisé après avoir été inspecté.

Le Ministère a précisé le 15 janvier son projet en annonçant :

- 12 000 bourses au mérite pour un maximum de 2 500 euros pour les étudiants préparant un M2 destiné à l’enseignement (avec un complément sur critères sociaux).
- 5 000 postes d’assistants d’éducation seront réservés aux étudiants de M2 inscrits aux concours de recrutement et 4 000 postes seront réservés aux étudiants souhaitant se destiner au métier d’enseignant inscrits en M1.
- La formation des enseignants comprendra désormais un volet à caractère professionnalisant sous forme de stages :

  • des stages d’observation et de pratique accompagnée non rémunérés, « filés » (3 heures par semaine pendant tout le semestre) ou « groupés » (2 à 3 semaines au cours du semestre) ;
  • des stages en responsabilité proposés aux candidats admissibles ou non. D’une durée maximale de 108 heures, ces stages donneront lieu à une gratification. Un étudiant effectuant un stage d’une centaine d’heures se verra ainsi indemnisé à hauteur de 3 000 euros environ.
    50 000 lieux de stages d’observation et de pratique accompagnée seront offerts aux étudiants. 40 000 stages en responsabilité seront offerts aux étudiants.

L’analyse du SNES :

- Le niveau demandé au concours reste la licence : il n’y a donc pas de réelle augmentation du niveau de qualification, car les propositions de master ne font que reprendre au plus bas les enseignements suivis par les actuels étudiants (PLC1) et stagiaires (PLC2) sans donner la possibilité de faire un véritable travail de recherche (poids du stage).
- Les épreuves du concours sont réduites pour un souci évident d’économies. Les maquettes des concours des CAPES de langue ne prévoient toujours pas une épreuve disciplinaire à l’oral. L’épreuve de connaissance du système éducatif évaluée par un jury dont des membres seront issus de la société civile (MEDEF ?) donne le cadre de la conception du métier d’enseignant !
- La formation « pratique » des futurs enseignants ne se ferra que par de l’observation et par un stage de 108 heures en responsabilité : l’indemnisation de ce stage revient à rémunérer les heures devant élèves à la hauteur de 27,77 euros, donc moins qu’un vacataire.
- Les professeurs stagiaires seront mis directement à temps plein devant des classes avec les seuls conseils d’un professeur « référent ». Cela permet au ministère d’économiser de 1,5 à 2 supports de PLC2 aujourd’hui et de « rentabiliser » directement les stagiaires.

Quelle réforme pour quel métier ?

La réforme de la formation des maîtres est bien éloignée des mandats du SNES pour une hausse de la qualification et une revalorisation de la profession.
- Le niveau de recrutement à Bac+5 est une avancée du point de vue de nos revendications. Cette hausse est une reconnaissance d’une situation qui est déjà largement une situation de fait, beaucoup de candidats aux CAPES ayant déjà une maîtrise ou un M1. Mais, la politique salariale du gouvernement et son idéologie est à l’opposé de nos revendications. La revalorisation Darcosy passe par la suppression de l’année de formation à l’IUFM, un allongement de la durée d’études non-rémunérées, une année de stage à plein temps devant les élèves et une revalorisation par prime, telle la prime d’entrée dans le métier mise en place à la rentrée 2008 et entre donc dans la logique de l’avancement au mérite.
- Loin d’être la certification d’un niveau disciplinaire et d’une réelle capacité à enseigner, les nouvelles maquettes des CAPES introduisent une épreuve qui jugera les futurs enseignants à leur capacité à connaître (et donc appliquer) les circulaires. Avec une formation par l’unique compagnonnage, sans possible recul sur sa pratique, c’est considérer les professeurs comme des exécutants et non maîtres de leur pratique.
- L’affectation des futurs stagiaires aura des répercussions sur les prochaines mutations. Aujourd’hui, les stagiaires en situation (18 heures devant les élèves pour les certifiés) sont affectés dans l’opacité la plus grande et souvent sur deux établissements (ce qui facilitent, bien sûr, leur formation !). La circulaire ministérielle sur le mouvement inter-académique prévoit dès cette année de favoriser l’affectation hors-barème des néo-titulaires (et prépare donc les supports pour les futurs stagiaires) : cela restreint les possibilités de muter pour l’ensemble des collègues et c’est la voie grande ouverte à l’opacité et aux passe-droits dans les opérations de mutations.
- Enfin, les universitaires reconnaissant eux-mêmes que les masters préparant aux métiers de l’enseignement ne permettent pas de s’insérer professionnellement dans d’autres voies, quel est l’avenir des étudiants qui auront leur master et qui échoueront au concours ? Le Ministère prévoit déjà de rémunérer les étudiants qui feront un stage en responsabilité de 108 heures annuelles en dessous de la vacation, ces futurs masterisés auront comme possibilité d’aller alimenter le vivier de précaires que le Ministère attend pour combler la pénurie de TZR qu’il entretient.

Quel calendrier et quelles actions ?

L’action des personnels du supérieur et, en premier lieu, du SNESup a fait reculer le Ministère sur la date du rendu des maquettes de master au 15 février 2009.
Des universités sont aujourd’hui dans l’action et ont voté le blocage des maquettes et la grève administrative. Le SNESup appelle à amplifier le mouvement pour la grève des universités (également contre le projet de décret sur le statut des enseignants-chercheurs) et donc à ne pas rendre les maquettes de masters le 15 février.
Le SNES et la FSU dénoncent l’absence de concertation et demande le report à la session 2011 des nouveaux CAPES et l’ouverture de véritable négociation sur la formation des maîtres pour une réelle hausse de la qualification et une formation professionnelle ne véritable formation professionnelle, incompatible avec une année de stage comportant un service complet en responsabilité. Enfin le SNES rappelle son exigence de pré-recrutements, seul moyen d’élever le niveau de recrutement des enseignants sans écarter les étudiants issus de milieu modeste et sans être rapidement confronté à une crise de recrutement. Le SNES continue d’exiger, sans délais, et sans conditions, l’ouverture de négociations sur la revalorisation des personnels du second degré d’enseignement d’éducation et d’orientation.

Au niveau académique, le SNES et l’ensemble des syndicats FSU présents à l’IUFM continuent de participer à la mobilisation des formateurs et usagers de l’IUFM :
-  par la participation aux AG du « collectif de l’IUFM »
-  en manifestant notre opposition à cette réforme lors des conseils de l’IUFM, des Universités…
-  en mobilisant la profession et en informant la population.

La section académique du SNES appelle l’ensemble des personnels, stagiaires et titulaires, à manifester massivement le jeudi 29 janvier 2009.

Elle appelle également les collègues à se saisir de ces questions de formations afin d’informer les parents d’élèves.