« Ni cet excès d'honneur, ni cette indignité »

Notre dernière publication syndicale sur le « New Public Management », éditée le 10 novembre, semble avoir provoqué l’ire de certains de nos collègues chefs d’établissement. La caricature, l’ironie, le dessin de presse que nous avons unanimement défendus et revendiqués ensemble le 11 janvier à l’occasion des crimes barbares contre Charlie sont mis en cause, dénoncés comme violents, outranciers et irrespectueux. Un responsable syndical académique des PerDir a demandé à notre toute nouvelle rectrice de nous convoquer alors qu’elle n’a pas encore trouvé le temps d’accorder au Snes-FSU- premier représentant des personnels du second degré- une audience demandée depuis le 16 octobre.

Ce procédé, nouveau dans le paysage syndical, qui consiste non pas à répondre sur le fond en faisant valoir un point de vue syndical divergent, mais à utiliser le pouvoir hiérarchique, confondant de fait les plans idéologique et administratif, ne laisse pas d’interroger.

Lors de ce rendez-vous au sujet de notre publication, on a tout entendu, ou presque, sur la violence, l’évocation d’armes pendant l’état d’urgence, notre manque de respect « est-ce que nous, on aimerait être traités comme ça ? », nos propos outranciers qui attiseraient les divisions, contraires au dialogue social, des questions sur notre capacité à partager des valeurs en tant qu’éducateurs, l’idée que Charlie n’était peut-être pas un modèle, des tentatives d’intimidation à peine voilées en direction du directeur des publications... La rectrice a également omis de nous dire qu’elle avait adressé un courrier de soutien à tous les chefs d’établissement.

Entre propos moralisateurs et intimidation, nous analysons clairement cette démarche pour ce qu’elle est : une tentative de pression, voire de censure, qui utilise la situation délétère actuelle, l’émotion légitime et partagée devant la violence barbare abjecte du 13 novembre. Il s’agit ni plus ni moins que de tenter de museler la parole syndicale du Snes-FSU qui dérange, parce qu’elle ose interroger la question de la gouvernance et des dérives managériales qui se multiplient dans nos établissements et sont source de souffrance grave, voire extrême, pour les collègues.

Dans un contexte politique de crise profonde des valeurs, de criminalisation du mouvement syndical, cela s’apparente à un retour de la chasse aux sorcières, dans lequel l’état d’urgence et des amalgames douteux ouvrent le champ à des dérives. Toutes les leçons du maccarthysme ne semblent pas avoir été tirées. Il est plus que temps de remettre l’éthique au cœur de la démocratie.

Nous continuerons notre travail syndical sur ces questions, brûlantes, semble-t-il, parce que c’est notre rôle légitime, parce que ce ne sont pas les caricatures ou l’ironie employées pour décrire les dérives managériales qui doivent choquer et qu’il faut combattre, mais bien ces dérives elles-mêmes.

Corinne Baffert, Jacques Agnès, François Lecointe et Bernard Ogier-Collin.