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Les affectations dans une autre discipline : une pratique scandaleuse en pleine augmentation et la seule réponse de l’administration est d’imposer la loi du silence.

Une affectation hors discipline est une affectation dans une discipline qui n’est pas celle du concours de recrutement et pour laquelle les collègues n’ont aucune formation, ni didactique, ni pédagogique.
Il y a déjà quelques années, que le rectorat de Grenoble est l’un des plus zélé de France pour affecter des enseignants hors discipline (l’ancien Secrétaire général du rectorat s’en vantait même dans la presse l’an passé) : TZR (Titulaires de Zone de Remplacement) de STI affecté en Mathématiques, TZR de Lettres modernes affectés en Lettres-Histoire en lycée professionnel…

Mais cette année, cette pratique s’amplifie : des TZR de STI sont cette fois affectés en Technologie, un nombre en augmentation chaque semaine de TZR de Physique-Chimie se retrouvent Mathématiques au collège ou en Maths-Sciences en lycée professionnel, mais aussi des TZR d’Histoire-Géographie en Lettres-Histoire en lycée professionnel ou de Philosophie en Lettres modernes.

Et cela commence à toucher aussi des titulaires de postes fixes qui se voient « proposer » soit de compléter leur service dans leur établissement mais dans une autre discipline (professeur d’Italien en Français, d’Éducation musicale en Technologie,…), soit de compléter leur service dans un autre établissement… au risque de voir leur poste supprimé !

Ces affectations hors discipline sont les conséquences directes des suppressions massives de postes :
-*la baisse des postes aux concours entraîne des manques de professeurs dans certaines matières (Mathématiques, technologie,…)

  • l’augmentation des heures supplémentaires provoque l’augmentation du nombre de personnes qui doivent aller compléter leur service ailleurs (alors qu’il reste des heures dans leur discipline dans leur établissement, mais ce sont des heures sup… à attribuer à d’autres où à un vacataire)
  • les réformes en cours (destruction de la filière technologique, réforme du lycée avec diminutions horaires et mise en place du tronc commun, suppression d’enseignements en groupe ou augmentation de la taille des groupes) engendrent un « excès » artificiellement entretenu de professeurs dans certaines matières (STI, Physique-Chimie,…) alors que les collègues en poste fixe voient les effectifs des groupes augmenter quand ceux-ci ne sont pas purement et simplement supprimés.


    - Les affectations hors disciplines sont des aberrations pédagogiques : les enseignants se retrouvent brutalement devoir enseigner une discipline dont ils ne maîtrisent ni le contenu, ni la didactique, ni la pédagogie. Car, même si parfois certains sont capables de faire une partie des exercices, comme par exemple un enseignant de Physique affectés en Maths, c’est tout autre chose que de savoir expliquer et enseigner les mathématiques à une classe entière !
    Ces affectations révèlent aussi un mépris envers les élèves et leurs parents et génèrent des injustices : ces élèves n’auront pas les mêmes chances que ceux qui ont un vrai professeur de la discipline.
    C’est enfin une injure magistrale à tous les professeurs de toutes les disciplines (Mathématiques, Technologie,…) : l’administration estime que leur travail peut très bien être fait par des personnes sans formation pour cette discipline.

    L’administration franchit encore un pas de plus.
    Par une juste honnêteté professionnelle, des collègues affectés hors discipline souhaitent informer les parents qu’ils ne sont pas professeurs de la discipline dont on exige d’eux qu’ils l’enseignent. Mais l’administration fait pression sur eux pour qu’ils le cachent, quitte à ce que ces collègues passent pour des incompétents : car, évidemment, les élève et les parents se rendent vite compte qu’ils ne sont pas très à l’aise avec cette discipline qui n’est pas la leur mais l’administration leur répond que l’enseignant est « compétent » ! Ainsi beaucoup de chefs d’établissement font pression verbalement ou en notant mal certains collègues dans cette situation et le rectorat va jusqu’à lancer des procédures disciplinaires contre les collègues uniquement sur le motif qu’ils ont informé les parents !

    Il faut donc que nous nous dressions collectivement contre ces affectations en pleine augmentation et que nous mettions un coup d’arrêt à ces pratiques administratives d’un autre temps :
  • en étant solidaire avec les collègues affectés hors discipline pour qu’ils ne se retrouvent pas seuls : faire une pétition locale, des motions en conseil d’administration,… pour dénoncer leur situation. Nous sommes tous concernés car demain ça peut arriver à n’importe lequel d’entre nous. Visiblement l’administration expérimente des pratiques managériales sur un petit nombre avant de les généraliser à tous.
  • en en parlant autour de vous, aux professeurs et aux parents d’élèves qui ignorent très souvent ces situations (l’administration fait tout pour les cacher)
  • en participant aux actions qui sont mises en place par le SNES (voir sur le site académique du SNES : http://www.grenoble.snes.edu dans l’onglet « Actions »)
  • en continuant de manifester contre les suppressions de postes, les réformes destructrices du système éducatif,… à la source de tous ces problèmes.

    C’est seulement ensemble que nous pourrons lutter contre la destruction organisée de l’Éducation nationale.

Cyril BOREL