QUOI L'ÉCOLE… ???

Ou plutôt, quoi encore ?

Que l’on puisse entendre de la bouche-même de nos ministres que l’école aurait failli sans qu’une seconde, ne soient interrogées les politiques de casse du service public menées ces dernières décennies (suppression de 80 000 postes, effectifs sans cesse alourdis, réduction des enseignements, détérioration des conditions d’enseignement, casse de l’éducation prioritaire, suppression de la formation des enseignants, abandon des enseignants seuls face à leurs classes, nouvelles méthodes managériales dans les établissements leur déniant trop souvent le sens même de leur métier…) frise l’indécence.

Pendant ce temps, le Recteur a fait connaître les moyens alloués à notre académie lors du CTA (comité technique paritaire académique) de mercredi 21 janvier : + 140 emplois. Ils sont à mettre en regard de nos environ 360 établissements. Le Recteur a tenu à préciser qu’il ne retirerait pas aux collèges, comme il aurait dû le faire, 34 emplois puisque ceux-ci perdent environ 560 élèves. Je vous laisse faire le calcul, et notez-le bien, car je crains qu’à la rentrée, quand vous prendrez vos classes, cette baisse effective ne vous saute pas spontanément au visage ! Ces moyens doivent permettre de financer l’éducation prioritaire. Magnanimité, quand tu nous tiens…
De la même façon, les 105 moyens supplémentaires en lycée pour environ 80 établissements n’amèneront pas l’oxygène attendu, ne compenseront pas toujours la hausse démographique des années 2000 dont la cohorte arrive en seconde. Pour la première année, ces moyens ne seront pas utilisés pour installer les supports stagiaires, et s’ils ne permettront toujours pas d’alléger les effectifs, au moins, pourront-ils apporter un peu de fluidité dans le mouvement des personnels, bien bloqué ces dernières années.

C’est donc encore une nouvelle rentrée pénible qui nous attend. Et cela, c’est insupportable !

Avec encore de nouvelles injonctions : « un parcours de la citoyenneté du CP à la Terminale », et évalué, pour faire bonne mesure… Quelqu’un pourrait-il informer notre ministre que tout ce qu’elle préconise, avec beaucoup de solennité et de gravité se trouve déjà dans nos programmes ? Qu’une usine à gaz de plus, posée sur l’édifice déjà complexe, n’a qu’une vocation rhétorique, ce dont notre école n’a pas besoin.

La crise des recrutements perdure : nos salaires, nos conditions de travail (effectifs, travail empêché…) nos prétendues sacrosaintes vacances ne font plus envie à personne et notre jeunesse se détourne maintenant durablement de nos métiers.

Pour nos salaires, nos conditions de travail, le refus d’une prérentrée au mois d’août, nous, SNES et toute la FSU, avions décidé et annoncé que nous serions en grève le 3 février 2015.

Et puis, a eu lieu le massacre horrible…

Soyons Charlie !

Et puis, toute l’émotion, avec l’aspiration bien légitime au rassemblement, auquel nous avons appelé sans réserve, parce qu’ensemble, nous avions besoin de dire non à la barbarie, à l’obscurantisme, de réaffirmer le droit à cette liberté d’expression qui ne saurait souffrir de « mais… », d’aucune sorte. Il ne peut davantage être question, dans ce contexte, d’en appeler à je ne sais quels union ou front pour viser à faire taire la conflictualité sociale.
Alors, oui, Madame la Ministre, nous serons en grève, le 3 février, et massivement. Vous avez déclaré, dans votre allocution, que « l’enseignement de la langue était au cœur de la lutte contre les inégalités »… Chiche !
Vous avez reconnu que « l’école était en première ligne », que nous enseignants, faisions « le plus beau métier », accomplissions « les plus belles missions »… Si ce ne sont paroles de Tartuffe, alors cessez de nous payer de mots, et ouvrez enfin le dossier de notre indispensable revalorisation.
L’école mérite autre chose que des belles paroles.

Rendez-vous le 3 février, soyons nombreux.

Corinne Baffert, François Lecointe, Jacques Agnès et Bernard Ogier-Collin