Censé permettre un engagement au service de la communauté des citoyens des jeunes, le Service Civique apparaît comme un instrument aux mains des employeurs, et au premier chef, l’État, pour se doter d’une main d’œuvre en s’exonérant de toute responsabilité sociale (rémunération en dessous du SMIC, pas d’obligation de formation et de recrutement de personnels qualifiés...). Pour le gouvernement, c’est aussi un moyen de faire baisser artificiellement le chômage sous couvert de promotion des valeurs républicaines et civiques et, ainsi, tenter de dissimuler, l’impasse de sa politique d’austérité.

C’est, dans la bouche de nos supérieurs, la solution miracle pour pallier les vides faits par la suppression d’un tiers des CUI dans notre académie.

Les Volontaires au service civique dans l’Éducation nationale

Quelles conditions ? Être âgé de 18 à 25 ans inclus. Aucune condition de diplôme ( « Ce sont les savoirs-être et la motivation du volontaire qui comptent avant tout  » !).

Quelles conditions de travail ? Le contrat est établi pour une durée de 6 à 10 mois (selon date de début du contrat) pour 30 heures hebdomadaires de mission et une indemnité totale de 573.65 euros nets mensuels.
Le recrutement se fait par binôme

Quelles missions ?

« Les missions de service civique au sein du ministère de l’éducation nationale s’effectuent en écoles, collèges, lycées, centres d’information et d’orientation ou rectorats. La priorité est donnée à des missions en écoles, en éducation prioritaire ainsi qu’en internat. Le volontariat est effectué en binôme de volontaires lorsque la mission s’effectue devant des élèves et vise à permettre une expérience de mixité sociale, au contact de publics et d’autres volontaires issus d’horizons diversifiés.
Les volontaires sont encadrés par un tuteur référent et formé aux spécificités du service civique. Les tuteurs doivent accompagner le jeune à la fois dans la réalisation de sa mission et pour l’aider à établir son projet d’avenir.
 »

Les volontaires sont amenés à intervenir sur les missions suivantes :
• contribution aux activités éducatives, pédagogiques et citoyennes de l’école primaire
• accompagnement des projets d’éducation à la citoyenneté
• soutien aux actions et projets dans le domaine de l’éducation artistique et culturelle et du sport
• soutien aux actions et projets d’éducation au développement durable
• animation de la Réserve citoyenne de l’Éducation nationale
• contribution à l’organisation du temps libre des internes en développant des activités nouvelles
• contribution à la prévention des addictions
• lutte contre le décrochage scolaire
• aide à l’information et à l’orientation des élèves.

Devoirs faits : recrutement massif de VSC

Le ministère ne s’en cache pas, c’est avec le recrutement massif de 10 000 VSC que le dispositif va fonctionner. Les fiches de mission ont évolué dans ce sens avec l’ajout de la mission Devoirs faits. Cela concerne tous les VSC en collège et aussi les VSC en primaire : « Les volontaires en école pourront en fonction des besoins du collège voisin, participer à « devoirs faits » pour accompagner des petits groupes de collégiens volontaires. »

Un laboratoire de déréglementation dans les établissements

Tous les métiers sont concernés par cette substitution qui manifeste, en creux, toutes les insuffisances et les renoncements de la politique budgétaire et éducative du gouvernement :

• les AED devant exercer les missions de surveillance et d’accompagnement. Des VSC sont recrutés, parfois carrément sous l’appellation de surveillants (ce qui est contraire aux missions !), pour pallier la hausse des effectifs, gérer la pause méridienne, encadrer les internes ou les « décrocheurs » et pour compenser la disparition de l’accompagnement éducatif et des assistants pédagogiques ;

• les enseignants-documentalistes. Des VSC sont embauchés pour élargir les horaires d’ouverture des CDI, sans avoir ni les qualifications, ni la formation ni la rémunération des enseignants documentalistes, ce qui dispense de créer les postes nécessaires et d’ouvrir le nombre de postes aux concours ;

• les Conseillers d’orientation-psychologue. Des VSC sont recrutés pour rechercher des stages, informer les décrocheurs sur les métiers, alors que des CIO ont été fermés dans l’académie et que la pénurie de co-psy est très aigüe ;

• les CPE. Des VSC devraient assurer des relations avec les familles, organiser des élections de délégués, animer la vie collégienne ou lycéenne....

• les professeurs. Des VSC sont recrutés en UP2A pour pallier l’insuffisance de l’horaire assuré aux élèves par l’enseignant en FLS...

Le VSC sert donc à contourner la nécessité de recruter des personnels sur des emplois statutaires, il entretient dans la précarité des jeunes et il dénote un mépris à peu près complet pour les missions de service public que l’on prétend faire assurer par des personnels non formés, mal payés et non qualifiés, au détriment des usagers et des élèves.

Les VSC sont non seulement moins payés (573 euros pour faire une trentaine de travail hebdomadaire) mais représentent surtout un « coût du travail »imbattable (sur les 573 euros, seulement 106 euros mensuels sont à la charge du recruteur). Ils sont aussi hors du code du travail, puisqu’ils relèvent du Code du service civique, ne signent pas de contrat de travail, ne perçoivent pas de salaire (mais une indemnité) et n’ont aucun recours en cas de conflit (ni prudhommes, ni CAPA, ni CCP non titulaires). Bref, la loi travail ne s’applique pas dans l’Éducation nationale mais c’est par le Service Civique que la déréglementation du travail est mise en œuvre dans nos établissements.

Comment éviter les abus et revendiquer d’autres choix ?

Les chefs d’établissement sont encouragés à demander des VSC, mais le « recrutement » ne passe pas par les Conseils d’administration. C’est directement le rectorat qui signe le contrat.

Il faut donc exiger de vérifier la conformité des offres de mission avec les thématiques : les VSC n’ont pas à pallier l’absence de surveillants et d’autres personnels. En aucun cas, des missions d’aide aux élèves ne peuvent être assurées par des VSC qui n’ont pas au minimim le Bac, diplôme minimum requis pour les AED.

Si un VSC est affecté dans votre établissement, il faut le protéger contre toute forme d’abus et de dérive (respect des missions, du temps de travail...). Le VSC n’est pas un AED !

Alerter en CA les parents des dérives de l’utilisation des VSC et demander des moyens supplémentaires en emplois pérennes.