Voie sans issue

La Ministre ayant pris le parti de la communication et des effets d’annonce, au lieu de s’atteler à construire une réforme de nature à traiter les problèmes réels que connaît le collège, une fois encore, c’est l’impasse.

Les concertations de 2012, prélude à la loi de refondation, avaient pourtant posé des éléments de diagnostic solides : d’une part, à l’issue de l’école primaire, 25% des élèves ont des acquis fragiles et 15% des difficultés sévères ou très sévères, ce qui a justifié la priorité à l’école primaire ; et par ailleurs, tous les nombreux dispositifs d’aide aux élèves en difficulté au collège se sont avérés inefficaces la plupart du temps.

Voie sans issue

Sur ces bases, on était en droit d’attendre un projet qui s’attaque vraiment aux conditions d’enseignement (effectifs par classe, organisation de dédoublements dans toutes les disciplines, de co-interventions, temps donné pour les apprentissages et leur organisation), mais aussi à la mixité sociale, à l’organisation du temps de l’élève, au rôle de la vie scolaire…

Hélas, rien de cela, car il eût fallu de l’ambition, et du courage.

Du courage, pour regarder avec sincérité l’état du collège, s’interroger sur la genèse de ces difficultés, et de l’ambition pour fixer les objectifs assignés à cette réforme. En lieu et place, cette jeune ministre nous ressert les clichés les plus éculés, construits sur des présupposés idéologiques d’un âge qu’on avait espéré dépassé sur la place du collège. Avec, pour faire bonne mesure, l’ « autonomie des établissements » comme universelle panacée : bien-sûr, et comme c’est déjà le cas au lycée depuis la réforme Chatel, il s’agira essentiellement de mise en concurrence des disciplines, de réduction des enseignements au profit d’une prétendue interdisciplinarité sans moyens, absolument chronophage, et développant une réunionite sans fin assortie des dérives managériales liées, nouvelle plaie dans la vie de nos établissements.

Cette réforme, Madame la Ministre, est à la fois dangereuse et inopérante. Les professionnels que nous sommes n’en veulent pas, parce qu’elle ne répond en rien aux difficultés réelles du collège. Et de surcroît, inévitablement, elle génèrerait très vite des difficultés nouvelles au lycée. La démagogie qui consiste à supprimer des enseignements prétendus élitistes pour aller vers plus d’égalité sociale est une supercherie qui ne convainc plus personne, et surtout pas les élèves qui ont le plus de besoins, pas plus que leurs familles.

Cette même démagogie qui cherche à faire peser sur des méthodes pédagogiques, voire sur les personnels, le résultat des purges successives (suppressions de quelques 80000 postes en une décennie), tout comme les conséquences d’une crise de recrutement qui perdure faute d’une revalorisation incontournable et attendue de nos métiers, est désastreuse, à la fois pour notre École et pour la jeunesse de ce pays. Non, Madame la Ministre, ce n’est pas par la volonté d’une caporalisation accrue que vous redonnerez du souffle à l’École.

Donc Madame la Ministre, Collèges et Lycées, nous serons massivement en grève intersyndicale le mardi 19 mai 2015.

Il ne serait pas concevable de faire une réforme contre 80% des personnels : or ce sont bien les représentants syndicaux de 80% de la profession qui vous ont signifié leur désaccord profond en claquant la porte du Conseil Supérieur de l’Éducation.

Par ailleurs, vu la gravité des attaques, nous avons décidé de transformer notre stage syndical académique « Collège, Lycée, Avenir du Second Degré pour tous » du jeudi 7 mai en Conseil Syndical Académique ;

cela permettra aux élus de la CA et aux secrétaires de S1 de se joindre aux stagiaires déjà inscrits. Valérie Sipahimalani, Secrétaire générale adjointe, sera parmi nous durant cette journée, pour apporter des éléments d’actualité et des éclairages nationaux.

Enfin, d’ici au 19 mai, nous allons passer dans les établissements pour apporter des tracts et du matériel d’information académique ainsi que du matériel national.

Nous sommes bien-sûr disponibles pour animer des heures d’information syndicale. C’est un combat durable, que nous organisons, il y aura d’autres étapes : pour l’avenir de nos élèves, de l’École tout entière, il n’est pas envisageable de laisser un tel projet voir le jour.

No pasaran ! Rendez-vous le 19 mai, dans les AG et dans la rue