Si les suppressions de postes et les fermetures de classe font partie des vieilles recettes pour les cures d’austérité, le phénomène se pare aujourd’hui des plumes de la modernité. Au lieu de profiter de la baisse démographique pour améliorer les conditions d’études des élèves et les conditions de travail des personnels, le Gouvernement choisit de surcharger les effectifs par classe et théorise sur l’absence de lien entre réussite scolaire et classes moins chargées. Tout un dispositif se met en place pour contourner les instances représentatives et les principaux intéressés. La Macronie réinvente le rabot à double lame !
PREMIÈRE LAME : L’EXPÉRIMENTATION DANS LES ÉCOLES.
Dans le cadre de la nouvelle méthode imposée par le MEN concernant la carte scolaire, dans 18 départements dont la Drôme, l’inspectrice d’académie a présenté le contenu et le calendrier de l’expérimentation. Sur la base des données de DEPP, elle projette une baisse démographique sur les 10 prochaines années de -14,3% pour le premier degré public. La baisse démographique est ainsi instrumentalisée pour promouvoir une réorganisation territoriale du service public qui générera des substantielles économies en termes de bâtiments et de postes.
1) PSEUDO DIALOGUE ET DÉNI DE DÉMOCRATIE
Une nouvelle méthode, bien peu démocratique, se met en place dès cette année pour contourner trois obstacles majeurs : l’Assemblée nationale souveraine en matière de budget, les organisations syndicales et les mobilisations (personnels, parents).
Pour cela, la discussion est renvoyée au local et plus particulièrement avec les élus des EPCI (établissements publics de coopération intercommunale) jugés plus comme « raisonnables ». Au profit des ces « gestionnaires » dont l’activité est lointaine pour les électeurs, on écarte donc les conseils municipaux, les personnels, les parents et les organisations syndicales. Le comité spécial de la carte scolaire devient ainsi une simple chambre d’enregistrement, contrairement à ce qui se passait récemment.
2) PROPAGANDE ET CALENDRIER VERROUILLÉ
L’offensive idéologique menée par la Préfète et la Directrice académique s’est déployée dans les médias locaux dès avril 2026 : il faudrait renoncer au vieux schéma « un village, une école » ; il faudrait accepter un temps maximum de 30 minutes pour rejoindre son école ». Pas besoin de faire un dessin !
Le calendrier de ces discussions suit logiquement celui du projet de la loi de finances : première rencontre avec les élu•es fin mai/début juin puis remontée au ministère d’un schéma d’emploi départemental pour la rentrée 2027 pour transmission fin juin, début juillet à Bercy. En octobre, de nouvelles rencontres locales entre élu•es et IEN de circonscription aboutiraient à la proposition finale. Dans ce cadre, le schéma d’emploi départemental serait fixé pour une durée de deux ans, ce qui induirait un budget « sanctuarisé » pour les 18 départements de l’expérimentation au moment des discussions et des votes à l’Assemblée Nationale. Le schéma d’emploi départemental serait finalement présenté et voté pour avis aux CSASD et CDEN de février/mars 2027.
SECONDE LAME : RABOTAGE DANS LE SECOND DEGRÉ
Les lycées et collèges n’échappent pas à cette logique comptable, accentuée par l’incapacité de l’État à trouver des financements et par le contexte international de militarisation. De plus, l’expérimentation menée dans le premier degré ne manquera pas d’avoir des conséquences en collèges et lycées, à moyen terme.
1) DYNAMITAGE DE LA SECTORISATION EN COLLÈGES
La fermeture des écoles implique nécessairement une redistribution des élèves sur d’autres secteurs. La sectorisation des collèges va s’en trouver bouleversée. Or le SNES-FSU sait d’expérience combien les équilibres pour maintenir la mixité sont complexes et fragiles, sans parler des temps de transport et des répercussions sur les emplois du temps des élèves et des personnels.
Il faut donc s’attendre à des fermetures de classes et à des redécoupages de secteurs qui auront des conséquences majeures sur la vie des établissements (personnels en service partagé, déplacements contraints etc).
Les conséquences de ce dynamitage viendront encore aggraver la situation déjà dégradée des établissements du second degré.
2) LES RAVAGES DE L’AUSTÉRITÉ
Alors que la France connaît les classes les plus chargées d’Europe en collège et lycée, alors que la pénurie d’enseignants et de remplaçants ne cesse de s’aggraver, on supprime 66 emplois dans l’académie de Grenoble à la rentrée, ce qui va se faire sentir instantanément dans les effectifs de classe dans le Second Degré dans la Drôme.
Pour justifier ces coupes sauvages, le ministre de l’Éducation mène en continu une campagne médiatique sur la baisse démographique et la nécessité de supprimer des emplois.
Le SNES-FSU conteste cette logique faussement fondée sur le bon-sens. En effet, dans le 2d degré public, entre 2017 et 2023, le nombre d’élèves a augmenté (un peu plus de 8 000), ce qui n’a pas empêché de supprimer plus de 8 000 emplois. Et maintenant que le nombre d’élèves baisse légèrement dans le 2d degré, l’occasion est trop belle de supprimer encore plus d’ emplois. Le SNES-FSU rappelle qu’il faudrait la création de 10 017 emplois pour « simplement » retrouver le taux d’encadrement de 2017 dans les collèges et les lycées.
3) VACHES MAIGRES DANS LA DRÔME
Paradoxalement, dans notre département où la baisse démographique n’est pas effective (on gagne 106 élèves), on doit supprimer des divisions et rendre des postes. Et voilà pourquoi les effectifs par classe augmentent !
Quelques exemples : 25 élèves par classe en REP+ au collège Jaume à Pierrelatte, 30 élèves sur quasi tous les niveaux au collège Olivier de Serres à Cléon d’Andran, des préfabriqués au collège l’Hermitage de Mercurol pour absorber l’augmentation dans un établissement tout juste sorti de terre (moins de 3 ans)
4) DES VIES SCOLAIRES ASPHYXIÉES ET SOUS TENSION ;
Alors que les vies scolaires sont notoirement sous tension, il n’y a aucune création d’emplois de CPE et une diminution au niveau national des emplois d’AED dont on ne sait pas encore les conséquences dans notre académie. Le SNES-FSU a dénoncé cette situation, à rebours des grands discours sur le climat scolaire ou la lutte contre le harcèlement en milieu scolaire.
VIGILANCE A TOUS LES NIVEAUX
Cette aggravation de l’austérité menace tout autant nos conditions de travail que les conditions d’études des élèves. La hausse des effectifs par classe, les suppressions de postes sont des entraves pour les élèves comme pour les personnels (apprentissages, relations, climat scolaire, santé mentale, charge de travail etc).
Il faut aussi mesurer l’exploitation politique que peut en faire le Conseil départemental : la baisse démographique peut très vite devenir un prétexte pour fermer des collèges ruraux ou difficiles ou bien pour renoncer à des rénovations de bâti scolaire, comme cela est déjà le cas en Savoie. Et l’enseignement privé, à qui il reste des marges de manœuvre, est à l’affût pour accueillir les naufragés et les déçus du Public.
BATAILLE IDÉOLOGIQUE ET MOBILISATION
Pour le SNES-FSU , la baisse démographique ne doit pas être un moyen de justifier des suppressions massives de postes, mais au contraire, une occasion d’améliorer le fonctionnement de l’École. Il nous faut donc faire la preuve auprès de l’opinion que l’on peut apporter des solutions en terme de réussite scolaire et de prise en charge des besoins des élèves.
Le Snes appelle donc les collègues à s’engager dans la bataille :
● contre les hausses d’effectifs et les suppressions de postes
● contre les HSA et les services partagés
● contre les renoncements à la rénovation du bâti et au charcutage prévisible de la sectorisation qui favorise le Privé.
En menant ces batailles locales, en s’appuyant sur la demande des parents, on pourra mobiliser et gagner des améliorations pour les élèves comme pour les personnels.
Ce sera aussi l’enjeu des élections professionnelles de la rentrée prochaine.
