5 mars 2026

Sections départementales

Ecole Forteresse II

Nous avions déjà publié un article sur la sécurisation des établissements scolaires en novembre 2024. La situation ne s’est pas améliorée depuis. Le discours de sécurisation ne cesse de se durcir. Et il ne s’agit pas que de discours. Les moyens qui accompagnent les politiques sécuritaires sont de plus en plus consé­quents, particulièrement en Ardèche et en AURA dirigées par Olivier Amrane et Laurent Wauquiez.

Sur-enchère sécuritaire

Pourtant aux responsabilités depuis quelques années, nos dirigeants régionaux et départementaux ne cessent de dres­ser un constat alarmiste des menaces violentes qui pèsent sur l’école. Dans un monde normal, ils devraient constater que leurs politiques sont inefficaces et qu’il faut envisager un autre cap. Mais c’est tout l’inverse qu’ils font. Investir dans la sécurité ne diminue pas la violence ? Peu importe on investit encore plus dans la sécurité au moindre prétexte. L’échec de ces politiques tient au fait que les causes des vio­lences ne résident pas dans un déficit de disposi­tifs sécuritaires, mais dans le manque de moyens consacrés à l’éducation, au soin, à l’accompagne­ment et à la prévention.
Plus les budgets se concentrent sur la sécurité, moins ils soutiennent ces missions essentielles — ce qui alimente pré­cisément ce que l’on prétend combattre. Un cercle vicieux, un serpent qui se mord la queue. Nous nous dirigeons ainsi vers un modèle à l’américaine, où les établissements ultra-sécuri­sés figurent paradoxalement parmi les plus touchés par la vio­lence. Orwellien ?

BUZZ à tout prix !

Sur ce marché de la peur Olivier Amrane a franchi encore un cap en janvier dernier. Évoquer un événe­ment violent inexistant pour justifier un renforcement sécuri­taire et alimenter une communication anxiogène. En février, sur ses réseaux sociaux, le président du département a diffusé une vidéo mentionnant une attaque au couteau prétendument évitée de peu au collège des Trois Vallées. Or, aucune attaque de ce type n’a eu lieu ce jour-là.
Par contre, la vidéo a fait le buzz sur les réseaux sociaux et la peur s’est développée. Des parents ont contacté l’établisse­ment, indignés de ne pas avoir été informés d’un événement… qui ne s’était pas produit. À aucun moment le président du département ne s’est intéressé à l’AED réellement menacée par un ancien élève — verbalement, et non avec une arme. Au contraire en agissant ainsi il a exposé davantage cette collègue à d’éventuelles représailles . Mais qu’importe ! La communica­tion avant tout !

Suspicion généralisée

Deux semaines plus tard, lors de la rentrée de février la pré­fecture a orchestré une autre opération de communication devant le collège . Élèves et enseignants ont été accueillis par une dizaine de gendarmes. Certains élèves, âgés d’à peine dix ans, ont été palpés. Les coffres des voitures — ceux de parents comme d’enseignants — ont été ouverts et inspectés visuelle­ment. On a même demandé à certains personnels d’ouvrir leur cartable. Charmante rentrée.
La préfecture a ensuite relayé l’intervention sur ses réseaux sociaux afin de mettre en avant son action. Sur Facebook, une photographie montrait l’AED menacée en discussion avec le préfet. Ce cliché, pris et diffusé sans son consentement, a contribué à l’exposer davantage.
Dans le même temps, les personnels de l’établissement ont appris que la cour serait désormais éclairée la nuit pour préve­nir les intrusions et que l’accès aux couloirs se ferait par bad­ges personnalisés. Il ne manquerait plus que des miradors pour donner à nos établissements des allures de prison. Peu à peu, chacun devient suspect : les élèves comme les personnels. Ce climat de suspicion ne favorise en rien l’apaisement ; il accroît au contraire l’anxiété.
La photographie illustrant l’article est éloquente : la sécurité des lycéens y est présentée comme la priorité absolue. Ainsi, l’objectif premier de l’école régionale ne serait plus l’éducation, l’esprit critique ou l’ouverture au monde, mais la sécurisation.
Là encore, ces orientations s’accompagnent de moyens conséquents — prélevés sur les budgets pédagogiques — et d’innovations préoccupantes : expérimentation de la vidéo­surveillance algorithmique, installation de scanners corporels, multiplication des portiques, généralisation des caméras, re­haussement des clôtures. Qui peut croire que de tels disposi­tifs éviteront les violences ?

Enseigner plutôt que surveiller

L’école publique est en difficulté. Il manque des enseignants et des moyens pour enseigner. Nos élèves, de plus en plus absorbés par les écrans, ont pourtant be­soin d’ouverture, de rencontres, de culture. Les voyages scolaires et les sorties éducatives, soutenus par le département et la région, permettent de découvrir l’autre, de dépasser les peurs et de renforcer la confiance mutuelle. Les moyens existent . Encore faut il les utiliser à bon escient.