Certes l’Ardèche est un département rural. Certes les établissements, petits pour la plupart sont éloignés les uns des autres. Certes, il est compliqué d’assurer la continuité du service public d’éducation sur ce territoire, d’autant que la crise du recrutement est un fait que l’on peut difficilement cacher sous le tapis. Mais pour autant, la ruralité justifie-t-elle que l’État manque ainsi à ses devoirs ?

Ruralité ne doit pas être synonyme de rupture d’égalité à l’école de la République. Or, des expérimentations aux petits arrangements avec le cadre juridique, les initiatives de l’administration se goûtent à toutes les sauces en Ardèche.

Au Pouzin, on incite les élèves transportés à adopter le régime de sortie « sans transport », c’est une nouveauté : veuillez s’il vous plaît ne pas encombrer la salle d’étude pour attendre votre bus, allez plutôt dans la rue, vous y serez libres de vous gaver de nourriture grasse et sucrée et de faire toute sorte d’expériences et de rencontres. 

À Largentière, on propose le passage direct de la sixième à la quatrième pour gérer les effectifs sans changer la structure. Veuillez s’il vous plaît ne pas encombrer le niveau cinquième. 

À Saint Cirgues, se met en place discrètement une école du socle, que l’on croyait abandonnée, mais qui revient à coup d’expérimentations diverses, parfois imposées à des personnels pas toujours volontaires, et dont l’administration rectorale n’a semble-t-il pas toujours connaissance. 

Au collège Les Perrières, à Annonay, on annonce déjà que des élèves scolarisés en SEGPA en sixième / cinquième seront priés de retourner en quatrième ordinaire, faute de place en quatrième SEGPA. 
Tandis qu’à La Voulte, un élève dont le dossier avait été accepté pour la SEGPA, se voit refuser l’accès faute de place, le second élève dans ce cas a été scolarisé à Crest. L’Ardèche doit-elle officiellement compter sur la Drôme pour scolariser ses élèves en difficulté ?

À propos des expérimentations en Ardèche : pourquoi la proposition de faire le cycle 4 en deux ans (Largentière), les classes de cycles à La Voulte, l’école du socle à Saint Cirgues n’apparaissent-elles pas sur le site de la CARDIE, pas même dans la catégorie « expérimentation locale non soumise à dérogation » ?

Quel retour est prévu sur ces expérimentations ? quelle évaluation des dispositifs ? par qui ? selon quel calendrier ?

En Ardèche, on le sait depuis longtemps, les circulaires nationales fondent comme neige au soleil lorsqu’il s’agit de donner des heures de FLS aux Élèves Nouvellement Arrivés En France. Et des 9 heures nationales, il n’en reste plus que 3 ou 4 en Ardèche, si toutefois un enseignant se porte volontaire pour donner ces heures supplémentaires. C’était souvent les professeurs de français et de langues qui étaient volontaires. Mais ces enseignants ont dû absorber la réforme du collège dans un premier temps, puis l’imposition d’une deuxième HSA, et ceux-ci se retrouvent donc avec des classes supplémentaires : les volontaires ne se bousculent pas cette année pour dispenser ces heures de FLS. Et rien ne semble vraiment prévu pour les élèves jamais scolarisés antérieurement, avec leurs quatre heures de FLS par semaine pendant un an, quelques heures d’alphabétisation si les équipes ont été assez pugnaces pour en obtenir, ces élèves sont censés être autonomes. Comment se fait-il que le « devoir d’alphabétisation », pourtant inscrit dans la circulaire académique, ne s’applique pas ici ?

Les aspirants enseignants ne se bousculent pas, il faut bien le dire. Les 162 postes non pourvus au mouvement dans l’académie finissent par se voir : les langues, les mathématiques, la technologie sont les plus touchées, ainsi que toutes matières confondues les établissements reculés : au 24 septembre on dénombrait pas moins de quatre annonces sur Pôle Emploi pour l’unique cité scolaire du Cheylard. Pourtant, s’il y a un avantage avec les enseignants fonctionnaires d’état, c’est qu’ils sont obligés de prendre leur poste, où qu’il soit. Mais à force de dévalorisation, ils se font rares...

Alors on recrute des précaires à tout va, et les enseignants contractuels doivent prendre leur poste. Fissa, parfois même avant même d’avoir signé leur contrat, comme au collège de Privas… Un contrat ? Vous êtes bien archaïques, l’Éducation Nationale est sur la voie du progrès et à force de dégraissage de mammouth, il n’y a plus grand monde pour établir les dit-contrats. C’est bien ennuyeux, certes, mais si ces personnes pouvaient venir travailler sans contrat tout de même ; ce serait mieux. Et quid de leur premier salaire ? Pour la FSU, l’État doit, en tant qu’employeur, se montrer exemplaire : et faire signer des contrats avant la première heure de travail et payer ce qu’il doit dès le premier mois échu. 

La ruralité ardéchoise, avec ses contraintes, représente certainement un défi à relever pour l’État. Elle ne doit pas être une excuse pour justifier ses défaillances.
Pour que partout sur le territoire rayonnent les valeurs de la République autrement que par des minutes de silence imposées, des affiches de paroles de la Marseillaise ou des drapeaux placardées en vitesse, l’État doit assumer pleinement ses responsabilités : il doit donner à tous ses établissements scolaires, dans tous ses territoires, les moyens nécessaires à la mise en œuvre de l’école de la réussite que prône le ministre et que nous appelons tou.te.s de nos vœux.