28 mars 2019

Sections départementales

La déclaration liminaire de la FSU au CTSD du 21 mars 2019

Pour la FSU, l’école de la confiance n’est actuellement qu’un vain mot, vidé de son essence.

Où est la confiance lorsqu’il y a volonté de toucher à la liberté de parole des enseignant·es ? Où est la confiance lorsque, face à la montée du mécontentement d’une grande partie des enseignant·es, notre ministre et nos député·es discutent et votent des amendements autour des affichages à imposer en classe, de la nécessité ou non de l’uniforme, du lever des couleurs ou de la tenue correcte exigée pour les élèves comme pour leurs enseignant·es ? Où est la confiance lorsque ces thématiques – profondément réactionnaires – ignorent les inquiétudes face à une réforme du lycée qui ne passe pas, face au maintien de Parcoursup et du tri sélectif déguisé pour l’accès à l’Université, face aux suppressions de postes et aux DG en baisse un peu partout, face aux fermetures de classes ?

Les attaques sur l’Éducation Nationale sont graves et d’une brutalité sociale inouïe. Aucune des mises en garde et propositions faites par les organisations syndicales n’ont été retenues. Pire, avec la création des EPSF et des EPLEI, prévus dans l’article 6 de son projet de loi, M. Blanquer transforme profondément la structure de l’Éducation Nationale en procédant par amendements, c’est à dire sans consulter les organisations professionnelles, sans même prendre l’avis du Conseil d’État et sans étude d’impact. Voilà encore une preuve, s’il en fallait, à la fois de l’autoritarisme et du mépris total affiché par ce gouvernement, violant l’esprit de dialogue et de consensus qui sous-tend la démocratie.

Ainsi, les établissements publics des savoirs fondamentaux (EPSF) seraient constitués de classes du premier degré et du premier cycle du second degré. Ils regrouperaient les classes d’un collège et d’une ou plusieurs écoles situés dans le même bassin de vie. Partout où les collectivités locales voudront faire des économies de locaux et où Madame la Rectrice voudra récupérer des postes, on pourra imposer ces regroupements. Que deviendront les directeurs et directrices d’école ? Quel·le chef·fe d’établissement, déjà bien affairé·e, pourra aussi ajouter à sa liste de missions celle de direction d’école ? Enfin, combien de personnels administratifs abonderont les équipes pour prendre en charge les tâches supplémentaires ?

Comment cette logique comptable et gestionnaire peut-elle permettre aux élèves de mieux réussir ? Quelle difficulté du système éducatif français est résolue par la loi ? Aucune !

À nos yeux, ce projet de loi construit une école profondément inégalitaire au profit des plus aisés. Les plus défavorisés n’auront pas d’autre choix que de se trouver cobayes des EPSF, nouveau nom de l’école du socle, tandis que les plus aisés pourront continuer à goûter par exemple à un enseignement dans des établissements publics locaux d’enseignement international (EPLEI) : financements privés, structures plus petites, avec des conditions de travail plus adaptées aux spécificités des âges des enfants et des ados. La sélection par l’argent comme seule boussole.

L’État se désengage et préfère abandonner l’organisation des établissements à la décision locale, mettant en concurrence tout le monde avec chacun, en poussant encore et toujours plus loin sa logique libérale en renforçant de fait les inégalités territoriales et les déterminismes sociaux qu’il prétend « en même temps » combattre. Par ailleurs, les concours de l’enseignement 2019 voient leur nombre de postes diminuer dans l’enseignement public, voir carrément s’effondrer en langues et en lettres, alors que les concours du privé voient le nombre de postes augmenter. Le message est clair. Si l’on rajoute au tableau la mesure permettant le financement des maternelles privées sous couvert de « scolarisation obligatoire dès trois ans », on voit clairement vers quel projet M. Blanquer travaille en sous main.

Sur le plan des personnels, l’École de la Confiance n’est pas non plus digne de notre soutien. C’est plutôt une logique de défiance qui est mise en œuvre : conseils d’administration vidés de leurs prérogatives décisionnaires, remise en cause de la liberté d’expression des enseignant·es et contournement du concours de recrutement (recours massif aux contrats, remplacements des enseignants par des assistants d’éducation...), aucune revalorisation salariale, conception d’un fonctionnaire « aux ordres » opposée à celle du fonctionnaire citoyen que nous défendons.

Non vraiment nous ne sommes pas dupes : le discours d’un côté, la réalité de l’autre. C’est pourquoi nous appelons tous nos collègues à participer massivement aux actions du samedi 30 mars car décidément non, pour réformer l’école publique, M. Blanquer n’a pas notre confiance !