Tout a commencé par une ou deux réunions à la rentrée, histoire d’informer les enseignant·es des modifications à venir. Il est vrai qu’en cette rentrée toute particulière, nous n’avions que cela à gérer... Mais rassurez-vous bonnes gens, tout va bien ! PIX est une plate-forme publique où tout a été conçu pour que l’élève, en autonomie, progresse à son rythme. Il suffit donc d’une information aux familles et aux élèves, rien de plus. C’est en tout cas ce qu’on a dit à certains endroits. Oui, mais... non, parce qu’il faut commencer par un test de positionnement pour chaque élève de cycle 4 qui devait se faire en octobre, parce que les enseignants ont pour charge d’identifier les besoins de formation à l’issue de ces tests, et doivent ensuite accompagner les élèves dans l’acquisition de nouvelles compétences au travers de leurs enseignements disciplinaires. Tout cela sans formation ni même une réelle information.

Aucun texte officiel n’encadre la mise en œuvre de PIX, les seuls textes apportant des précisions, et notamment un calendrier, se trouvant sur Eduscol. On y trouve un seul responsable identifié, le ou la chef·fe d’établissement, qui doit organiser les diverses séquences de passations (positionnement d’abord puis certification dès janvier 2021 pour les terminales). Gageons que partout on nommera un·e référent·e plus ou moins volontaire qui aura la charge de répartir les tâches entre ses collègues : encore un peu plus de travail pour les professeurs principaux avec la participation « solidaire » des enseignant·es de mathématiques ou de technologie déjà identifié·es comme « spécialistes du numérique »...

Mais, faute de textes officiels, qu’est-on tenu de faire ? Officiellement rien. Le professeur principal n’a pas plus à s’occuper de PIX que d’animer des heures de vie de classe. Les enseignants de mathématiques et de technologie (ou des autres matières) ont des programmes chargés à suivre, et sans doute autre chose à faire que s’autoformer à PIX, son contenu et son utilisation. Pourtant, on compte là encore sur le principe par lequel l’Education Nationale tient encore debout : la capacité des personnels à pallier les manques et à boucher les trous dans l’intérêt des élèves qui leurs sont confiés.

Et si l’arrivée forcée de PIX en cette rentrée si particulière confirmait que l’Éducation nationale a pris acte d’une des leçons qui devrait être tirée de l’année scolaire 2019-2020 ? Le mythe des « digital natives » n’a peut-être pas survécu à la période de confinement qui nous a été imposée. Si nos élèves possèdent, pour une grande partie d’entre eux, des outils numériques et les côtoient depuis leur naissance, cela ne signifie pas pour autant qu’ils sont en mesure de les utiliser efficacement, en tout cas dans une activité liée à l’enseignement : réceptionner des documents via un ENT quelconque, les télécharger sur un support de stockage, faire éventuellement le changement de format qui leur permet d’y accéder, l’éditer puis l’envoyer en pièce jointe à leur professeur... Ce qui a été vite oublié par contre, c’est la fracture numérique qui nous a pourtant sauté aux yeux dès mars dernier, le document d’accompagnement à PIX faisant bien trop souvent référence à l’équipement personnel des élèves.

Enfin, n’oublions pas de rester méfiant quant à l’esprit même de ce type de plateforme de certification : en cette époque trouble de réforme à marche forcée du second degré et de ses examens, ainsi que de course effrénée vers le tout numérique, PIX ne préfigure-t-il pas ce que seront les examens de demain ?