Depuis quelques années, en particulier depuis la dernière réforme du collège, il est de plus en plus courant que la sonnerie résonne dans les couloirs comme un coucou désorienté au point que certains chefs d’établissements décident carrément de tordre le cou au plumidé. Que faut-il penser de cette évolution qu’on nous impose ? Quelles-en sont les implications et les raisons ? Est-ce là une mode ou un choix managérial ?

Se justifiant par la complexité de constituer des emplois du temps, de la nécessite de mettre en cohérences cours d’une heure et d’une heure et demi, récréations et pauses méridiennes, certain.e.s chef.fe.s d’établissements expérimentent – sans jamais le labelliser ainsi car il faudrait en faire un suivi et un bilan – les récréations à différents horaires.

Prenons quelques exemples :

- Dans un collège de la vallée du Rhône, l’année dernière, les élèves qui commençaient la journée par un cours de science d’1h30 et enchaînaient sur un cours d’1h, trouvaient une demi-heure vide sur leur emploi du temps. Les questions que cela soulevait étaient légion : que doivent faire les élèves entre les deux cours ? Vont-ils en étude ou restent-ils dans la cours ? Qui les surveille et qui est responsable en cas de problème ? Et les sonneries dans tout ça ? L’établissement n’ayant pas la main sur le réglage des sonneries, il a fallu attendre un mois pour que l’entreprise privée vienne.

- En septembre, dans un collège d’Aubenas, il y avait 7 pauses différentes dans la journée et la plupart des sonneries de fin du cours ne sonnaient plus, semant la confusion parmi les élèves et les personnels. De plus, la mobilisation de la vie scolaire est constante et empêche de mener à bien d’autres tâches que celle de surveillance. Les cours sont perturbés de manière intempestive par les déplacements et le brouhaha qu’ils entraînent. De plus cet enchevêtrement des horaires entraîne une confusion non négligeable chez les élèves, notamment les plus en difficulté qui sont bien souvent en recherche d’un cadre rassurant. Enfin, pour les personnels, ces pauses différenciées entraînent un manque de rencontre donc une perte de coordination pourtant essentielle au bon fonctionnement des établissements.

- Il n’est pas rare que l’accumulation de sonneries amène les équipes à décider ou à se faire imposer par dépit la fin pure et simple des sonneries d’inter-cours. D’aucun arguera que les élèves perdent en attention en fin de cours en attente d’une sonnerie. L’argument est faible car l’absence de sonnerie amène les élèves à regarder leur montre (voire leurs téléphones – pourtant interdits en classe) avec plus d’attention encore.

Ces bricolages en vogue, quelles qu’en soient les justifications, ont des conséquences lourdes tant pour les élèves que pour les personnels. L’autonomie des établissements ne suffit pas à à justifier les expérimentations déguisées. Certes la complexité des emplois du temps peut en être à l’origine. Néanmoins, on peut aussi penser qu’il s’agit d’un glissement non-conscientisé vers le New Public Management. Le flou sur l’organisation du travail est typiquement un enjeu de doctrine managériale pour empêcher les employé.e.s de se focaliser sur les véritables questions de fond de leur univers professionnel tout en brisant le collectif chez les personnels. Il y a donc un enjeu de taille derrière ces choix en apparence anodins.

L’avis du SNES-FSU

Réfléchir en équipe (enseignants et vie scolaire) : La question des sonneries, horaires et gestion des intercours est un point dont nous devons nous emparer. Cette réflexion est d’autant plus nécessaire dans le contexte des organisations particulières imposées pour limiter les brassages.

Agir  : Il est pertinent de porter les demandes travaillées collectivement auprès du chef d’établissement et en CA si nécessaire (rapelons que les horaires des cours relèvent de la compétence du CA)
Saisir les CHSCT peut aussi être un moyen d’agir de manière collective.

S’informer  : Le SNES-FSU organisera prochainement un stage sur le New Public Management. Infos à venir sur https://grenoble.snes.edu/-stages-.html )