En Ardèche comme ailleurs, les conditions de rentrée sont chaque année un peu plus chaotiques. Des personnels manquent dans la plupart des collèges et lycées ardéchois. Il devient désormais habituel que des élèves des classes à examens restent des semaines ou des mois sans professeurs dans une ou plusieurs matières. Les effectifs sont souvent trop chargés, quand ils ne débordent pas tout simplement comme à Vernoux ou St Peray malgré les mobilisations des collègues, des parents et même des élues locaux. En réponse, les quelques heures supplémentaires allouées en ajustement ne sont qu’un pansement sur une jambe de bois. Il est cependant très révélateur que, lorsque le MEN est publiquement confronté à la réalité des conditions de rentrée et à la mobilisation des personnels d’un collège ardéchois pour en dénoncer les conditions déplorables (cf RTL Midi du 2/09), des moyens supplémentaires apparaissent comme par miracle (même s’il s’agit comme toujours de déshabiller Paul pour habiller Jacques). Il n’assume pas les conséquences des choix politiques qu’il a pourtant imposés ! Au total près de 10 000 postes d’enseignantes auront été supprimés par les gouvernements successifs d’E. Macron dans le 2d degré alors que le nombre d’élèves a augmenté, faisant des classes des collèges et lycées français les plus chargées d’Europe. On peut toujours feindre de déplorer les résultats désastreux des élèves français dans l’enquête PISA… D’autres choix politiques sont pourtant possibles, par exemple profiter de la baisse démographique pour ramener le taux d’encadrement à des niveaux compatibles avec la réussite de toutes et tous.
La situation des personnels se dégrade lourdement. La gestion du personnel atteint des niveaux de défaillance alarmant. Affectations chaotiques des stagiaires, contractuelles et TZR, services partagés intenables (jusqu’à 3 établissements, à plus d’1h de route), rectorat débordé aux abonnés absents… Ces situations se répètent d’année en année, aggravant un sentiment de défiance déjà très fort envers l’administration. Dans ces conditions, la santé et la sécurité des personnels est mise en jeu.
La maltraitance des personnels ne s’arrête pas aux enseignantes. Comme toujours, ce sont les plus précaires qui subissent les dysfonctionnements les plus graves.
Lors du renouvellement de leur contrat au 31 août, les AED en CDD ont été radiées sans préavis de leur contrat de couverture santé par la MGEN, les laissant sans protection complémentaire, ni tiers payant. L’annonce d’un rattrapage rétroactif des frais engagés dans quelques semaines n’est tout simplement pas tenables pour nos collègues dont certaines peuvent avoir des frais médicaux importants et dont nous rappelons qu’ils et elles sont le plus souvent en temps partiel imposé en dessous du SMIC.
En ce qui concerne les AESH, le mépris avec lequel ils et (surtout) elles sont traitées est inacceptable et indigne d’un employeur public. En fin d’année, dans les PIAL concernés, les AESH ont subi des pressions pour signer des avenants liés à la création de PAS : il leur a été alors clairement indiqué que le refus de cette modification pouvait conduire l’employeur à engager une procédure de licenciement. Plusieurs AESH ont donc fait le choix de ne pas signer cet avenant, mais ont malgré tout reçu une affectation pour la rentrée qu’il ne leur est pas possible d’honorer, ayant légitimement envisagé d’autres perspectives professionnelles. D’autre part, ils et elles exerceraient leurs missions avec un contrat non conforme à la cartographie actuelle des PIAL et PAS, la commission permettant la procédure de licenciement n’étant pas programmée avant février 2027.
Un des PAS du secteur d’Annonay ne regroupe, dans le second degré, que des établissements privés, les AESH n’auront pas d’autre choix que d’accepter d’y travailler.
La santé et la sécurité de nos élèves est également un enjeu central de l’école pour espérer qu’ils et elles apprennent dans les meilleures conditions. Lors de la rentrée 2025, nous avions découvert qu’un.e référent.e « santé mentale » devait être nommé.e dans tous les établissements scolaires. Nous étions déjà inquiet de cette réponse superficielle apportée aux élèves en souffrance mais nous avons vite compris qu’il coutait plus cher d’investir dans la médecine scolaire que d’ajouter une mission supplémentaire à un personnel sans formation. Pour rappel, il y a en moyenne un.e infirmier.ère pour 1300 élèves. En cette rentrée, les mesurettes se poursuivent sur un sujet aussi dramatique que les violences faites aux enfants. Le questionnaire sur le harcèlement va comporter plusieurs questions sur le violences sexuelles que les élèves pourraient subir. L’outil est présenté comme un moyen de repérage car il est possible d’y écrire son nom et son prénom. Si à première vue, on pourrait s’en réjouir, il ne s’agit pourtant pas d’une avancée. Pour qu’un.e enfant se livre sur les violences subies, il faut qu’un.e adulte fasse un mouvement vers l’enfant, que cet.te adulte soit formé.e et qu’il/elle lui pose la question. En d’autres termes, il faut que l’enfant soit en confiance. Cela semble relever du bon sens et c’est d’ailleurs ce que préconise la CIIVISE (Commission indépendante sur l’inceste et les violences faites aux enfants). Pourtant, le questionnaire est diamétralement opposé à ces préconisations : on demande donc à l’enfant de révéler les violences sans qu’il ou elle ne sache qui va lire ni ce qui se passera ensuite. Sans créer un lien de confiance. Et même si des élèves témoignent, que se passe-t-il ? Comment l’élève sera-t-il accompagné ? Quelles suites seront données ? Qui accueillera sa parole ? Nous sommes actuellement dans l’incapacité d’apporter une prise en charge aux élèves qui auraient révélés des violences. Il serait nettement plus efficace de suivre les préconisations de la commission d’enquête qui étudie le sujet (autrement dit de la CIIVISE) : chaque professionnel.le pose la question des violences à chaque enfant, un entretien individuel et annuel pour chaque élève, la formation de tous les professionnels, que chaque révélation débouche sur une prise en charge. Mais pour tous cela il faut des moyens que l’on ne nous accorde pas. Le message est clair, pour l’institution, la sécurité d’un élève ne vaut pas plus que le coût d’une feuille de papier A4.
Il en va de même avec l’interdiction du téléphone portable au collège et désormais au lycée. Plutôt que de se donner les moyens d’une véritable politique d’accompagnement et de prévention face aux graves problèmes posés par l’utilisation massive des écrans, le MEN et les collectivités se contentent de mesures d’affichage inutiles et coûteuses.
Au collège, l’urgence était d’interdire ce qui était déjà interdit ! On pourrait en rire, si cela n’avait débouché sur une débauche d’argent public pour l’achat de pochettes qui ne règlent rien, voire accroissent les difficultés : aux incidents liés à l’utilisation des téléphones par les élèves qui existent toujours, ni plus ni moins qu’avant, il faut désormais ajouter tous les problèmes liés à la gestion des pochettes (vols, dégradation, etc.). La volonté de transférer la charge financière de cette mesure du Département vers les établissements ou les familles, comme on le constate cette rentrée, est inacceptable.
Au lycée la publication d’une loi le 25 août pour en imposer l’application dès le 31 septembre témoigne une fois de plus la déconnexion de nos Ministres par rapport à la réalité. Interdire le téléphone au lycée n’est évident que sur le papier ou sur un plateau télé.
Dans les lycées, l’application soulève quelques menues questions. Quelle échelle commune de sanctions adopter ? Est-on censé considérer des élèves de BTS comme des élèves de seconde ? Comment s’assurer du respect de l’interdiction dans les couloirs et dans la cour quand on manque de personnel à tous les niveaux ? Que se passe-t-il si un téléphone saisi est endommagé ? Comment concilier la numérisation à tout va qu’impliquent des outils comme Pronote ou Parcoursup’ et la dé-numérisation qu’impose cette loi ? Comment mener une véritable politique pédagogique de sensibilisation et d’accompagnement à un usage raisonné sans aucun moyen ni temps de réflexion ? Comme toujours les réponses à ces questions et bien d’autres encore seront à trouver en local, au cas par cas, sans concertation en amont.
Enfin parmi les autres mesures annoncées cette rentrée qui ne répondent en rien aux difficultés du service public d’éducation, il en est une particulièrement inquiétante tant elle semble anticiper l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir. La mise en œuvre dans les établissements scolaires d’une cérémonie commémorative en hommage « aux morts pour la France » à l’occasion du 11 novembre constitue un dévoiement alarmant des missions de l’École. Après les uniformes, après l’organisation de « rallye-citoyens » en partenariat avec l’armée, où l’on voit de jeunes collégiens manipuler des armes de guerre (cf DL du 2/04/2026), après le développement de « classes défenses » dans plusieurs lycées ardéchois, ou encore du dispositif « cadet de la défense », le MEN franchit un pas supplémentaire dans la militarisation de l’école et de la jeunesse. A l’opposé de ce qu’affirme la circulaire, l’apprentissage de la citoyenneté et des valeurs de la République ne se fait pas au garde à vous dans un simulacre d’hommage militaro-patriotique digne de la Russie de Poutine, mais au contraire par une éducation civique ouverte à même de former des citoyens et citoyennes critiques et autonomes. « Bourrage de crâne » disaient déjà les contemporains de la Grande guerre pour dénoncer ce genre de propagande. L’École d’un pays (encore) démocratique mérite mieux que ça !
