15 octobre 2026

Sections départementales

11 novembre

Vers un embrigadement généralisé à l’école ?

L’échec prévisible du Service National Universel voulu par Macron ne signifie pas l’abandon des politiques d’embrigadement de la jeunesse. Bien au contraire, les différents gouvernements depuis 2017 empilent les mesures qui visent à faire de l’école un lieu d’acculturation au patriotisme, à l’armée, à la guerre.

Parmi celles-ci, les « classes défenses »1, qui se donnent pour objectifs de créer des liens entre armée et lycéennes à travers des partenariats avec des unités militaires, un enseignement renforcé à la défense, des rencontres avec des soldats, etc. En Ardèche, on connait également les « rallye-citoyens » organisés depuis trois ans par la DSDEN 07 et la délégation militaire départementale, où l’on peut voir de jeunes collègiennes manipuler des armes de guerre à l’occasion d’une journée de découverte de « l’esprit de défense » et de « l’engagement » (DL du 2/4/2026).

Collégienes lors d’un « rallye-citoyen » à Tournon. Dauphiné Libéré du 2/04/2026

Mais basés sur le volontariat des familles (voire des enseignantes), ces dispositifs ne concernent qu’un nombre très limité d’élèves. Pour nos dirigeants de plus en plus proches de l’extrême droite, il était donc urgent d’aller plus loin. C’est chose faite avec une circulaireimposant l’organisation d’une cérémonie obligatoire d’hommage « aux Morts pour la France » dans chaque établissement scolaire autour du 11 novembre. C’est peu dire que cet événement pose de sérieux problèmes dans un contexte qui voit se banaliser le nationalisme, le militarisme et une vision réactionnaire de la place de la jeunesse dans la société.

Sur le plan pédagogique, cette cérémonie crée une confusion entre histoire et mémoire qui sape les fondements même de l’enseignement de l’histoire-géo. L’histoire est une science fondée sur la recherche d’une connaissance objective du passé, alors que la mémoire est par définition subjective, diverse, voire conflictuelle. On peut à ce titre se demander à qui devra-t-on rendre hommage puisque l’expression « Morts pour la France » concerne en fait tous les « civils et militaires, tombés lors des conflits passés et des opérations contemporaines. [Ils] forment ainsi le symbole du sacrifice individuel au nom des valeurs communes. » 3 ? On se pince ! Les résistantes à Vichy et au nazisme partageraient donc des valeurs communes avec les engagés volontaires des guerres coloniales d’Indochine et d’Algérie ? Et que faire des « malgré-nous » alsaciens et mosellans en 1940-1944 ? Sont-ils morts pour l’Allemagne nazie ? Pour la France ? Quant aux tirailleurs africains de Thiaroye, massacrés par l’armée française parce qu’ils avaient l’outrecuidance de réclamer leur solde après avoir contribué à la Libération de la France en 1944, pour qui sont-ils morts ? De tout cela les documents de cadrage n’en disent rien…
En revanche, ils énoncent clairement les objectifs et les modalités de cette cérémonie qui vise à « renforcer la cohésion nationale dans un contexte marqué par l’instabilité de l’environnement international et des nouvelles formes de conflictualité qui ciblent l’unité du corps social ». En d’autres termes, il s’agit clairement d’un dispositif destiné à exalter un sentiment d’unité nationale dans un contexte de guerres.

Le guide de mise en œuvre reprend les codes des cérémonies militaires dans une opération de bourrage de crâne digne de la Russie de Poutine ! Qu’on en juge : salut au drapeau, Marseillaise, appel aux morts, minute de silence, invitation de corps en uniformes…
Pour la FSU, le catéchisme militaro-patriotique n’a pas sa place dans une École qui doit donner aux élèves les clés de leur émancipation et de la compréhension d’un monde complexe. La cohésion sociale est bien un des objectifs de l’École de la République. Elle se construit non à coups de cérémonies obligatoires autour du drapeau et au son de la Marseillaise, mais en donnant au service public les moyens de lutter contre les inégalités sociales et territoriales.
Nous demandons le retrait de la circulaire et du guide. Nous soutiendrons toustes les collègues qui refuseront de participer à la préparation et à la cérémonie dans leur établissement. Un préavis de grève spécifique est déposé la semaine du 11 novembre.