Déclaration liminaire du Snes-Fsu au CDEN du jeudi 15 octobre
Depuis 10 ans, nous n’avons cessé d’alerter sur la dégradation de la situation de l’École publique, de la maternelle au lycée. Déclarations liminaires après déclarations liminaires, dans toutes les instances, qu’elles soient nationales, académiques ou départementales, nous avons dénoncé la dégradation des conditions de travail et d’enseignement qui entraine une souffrance toujours plus grande chez les personnels comme chez les élèves et aggrave les difficultés scolaires. Pour quels résultats ? En Macronie, le « dialogue social » consiste à passer outre toutes les alertes des organisations représentantes des personnels, des parents, voire parfois des élu-es, en répétant inlassablement que tout va bien.
Bien pire, lorsque les lycéennes et les lycéens s’expriment à leur tour en manifestant contre l’état lamentable d’un système scolaire profondément inégalitaire et à bout de souffle, ils subissent un déferlement inouï de violences policières. Alors que les dépositaires de la force publique sont censées protéger la population, en deux semaines, près de 8000 personnes ont été placées en garde à vue dont 85% sont des mineurs ! Rendez-vous compte, c’est infiniment plus qu’en mai 68 ou que les autres mouvements lycéens ou étudiants, plus également qu’en un an de révolte des gilets jaunes ! En réalité, pour dépasser le nombre d’arrestations opérées pendant la seule journée du jeudi 6 octobre dernier, il faut remonter au sinistre 17 octobre 1961, en pleine guerre d’Algérie ! Pour notre gouvernement, il semble normal et « proportionné » d’utiliser des armes de guerre contre des jeunes mineur.e.s, provoquant de graves blessures et des mutilations (qui perd un œil, qui perd une main, qui perd la mâchoire…). Sans oublier les infractions aux règles et à toute notion de déontologie commises par les FDO et révélées par de très nombreuses vidéos. Privas n’est pas épargnée par cette brutalité. Après l’arrestation violente et la garde à vue sans fondement selon tous les témoins d’un lycéen la semaine dernière, les forces de l’ordre ont désormais annoncé contrôler les pancartes au prochain rassemblement et retirer de la circulation celles qui ne leur conviendraient pas. Doit-on comprendre que nous sommes entrés dans un régime de censure, hors de tout cadre règlementaire ? Au même moment, on prétend instaurer une loi instituant une présomption de légitime défense des forces de l’ordre. Si ces dérives ne sont pas nouvelles, elles ont pris une ampleur et un caractère systématique particulièrement alarmant. Nous assistons à la mise en place d’un Etat policier digne d’une dictature. Nul besoin d’attendre l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite, la démocratie française est d’ores et déjà vraiment très mal en point !
Nous sommes aujourd’hui réunis pour la présentation du bilan de rentrée. Mais plutôt que nous astreindre une fois de plus à énumérer les problèmes engendrés par 10 ans de politique budgétaire et éducative désastreuse sans être entendus, et comme vous n’êtes pas familiers des cortèges revendicatifs, au point que Monsieur le Préfet qualifie les manifestations actuelles « d’agitation aux abords des établissements scolaires et de troubles à l’ordre public », nous vous proposons d’écouter les revendications des lycéennes et des lycéens exprimées ces derniers jours, à travers ce texte rédigé par un collectif de lycéennes et de lycéens d’Aubenas. Contrairement à ce que veulent faire croire certaines élues des majorités départementales et régionales dans les médias et sur les réseaux sociaux, nos élèves ne sont pas des casseurs, iels ont de l’humour, de la répartie, une analyse tout à fait pertinente de l’état du monde et des constats que nous partageons entièrement sur les conditions dans lesquelles elles et ils étudient :
« Le gouvernement méprise les fragiles, les faibles, ceux qui feraient mieux de "traverser la rue", et donc aussi sa jeunesse : nous ne faisons que répéter mais on ne le dira jamais assez.Nos emplois du temps et nos classes sont surchargés, le bâti est parfois insalubre, et puis il y a cet insupportable Parcoursup, plateforme inégalitaire et élitiste, alimentant une théorie fausse de méritocratie qui ne sert qu’à faire du tri social entre les élèves :- certains lycées sont insalubres : effondrement des plafonds, présence d’amiante dans des salles de cours ; nos camarades d’Astier disent : on peut la toucher ! Il y a des trous dans les murs ; au prochain épisode cévenol les dégâts risquent d’être encore plus alarmants qu’ils ne le sont déjà. Concernant toujours les salles de classe, on a dépassé la barre des 30ºc en septembre dans plusieurs salles des derniers étages. Il faut une politique de gestion écologique d’adaptation au dérèglement climatique. Il ne suffira pas de distribuer quelques climatiseurs devant les journalistes : il faut réfléchir le futur et un avenir durable à l’échelle mondiale.Nous, lycéens et lycéennes ardéchois.es nous subissons de plein fouet les choix politiques de nos aînés et nous le ressentons, cela nous bloque dans nos choix d’orientation, et nous pousse pour la plupart à renoncer à nos aspirations. Nous sommes les 1ers spectateurices des souffrances sociales de nos parents. Nous voyons notre avenir bouché.En ce moment, dans les médias principalement français mais aussi à l’international, la jeunesse française est résumée à sa violence, mais de quelle violence parle-t-on ? Que sont 3 poubelles qui brûlent face à un œil, des dents, ou une main en moins ? Petite leçon de philosophie du programme de terminale pour le gouvernement : la violence n’est pas légitime, mais elle peut le devenir. Quand une riposte est proportionnée à la menace reçue et qu’elle constitue un dernier recours absolu, faute d’autre moyen de s’exprimer ou se défendre.Notre colère est le résultat de leur violence sociale alimentée pendant 10 ans. Alors si aujourd’hui certains ou certaines n’ont plus les mots, on en aura pour eux, sans cautionner la violence mais en la comprenant. Ce que nous demandons c’est d’être écoutés, ainsi que de pouvoir travailler dans de bonnes conditions, avec un personnel mieux considéré par son ministère.Nous ardéchoises et ardéchoises en tant aussi que privilégiées (il faut le dire) nous nous montrons solidaires avec Créteil, Saint Denis, et tous les lycées porteurs du mouvement.Merci à celles et ceux qui font vivre les services publics, à nos professeurs présents à nos côtés, à tout le personnel également ( AED , AESH ). Merci aussi à nos soignant.es, nos pompiers, nos agriculteurices, et plus globalement, merci à toutes celles et ceux qui sont présents et présentes aujourd’hui. Nous sommes les adultes de demain, écoutez nous aujourd’hui , on gagnera du temps ! »
