En cette « rentrée » et, après le 18 mai (sur la réouverture des établissements, voir l’article Réouverture des établissements : pas à n’importe quel prix !), une majorité des collègues seront toujours en télétravail pour assurer la « continuité éducative ».

Le rectorat a mis en ligne des recommandations sur le site académique et le ministère a enfin mis à disposition des outils numériques respectant la réglementation.

Pour faire le point, la section académique du SNES-FSU a interrogé les personnels à propos de la « continuité pédagogique » et de leurs conditions de travail pendant cette période. Des centaines de collègues ont répondu à cette enquête. Pour résumer :

Respect des droits des personnels, respect de la liberté pédagogique : non à la double journée !

Voici les éléments les plus significatifs :

Travail et vie familiale : la double journée.

74 % des collègues ont dû faire face à la double tâche : télétravailler et s’occuper de leurs enfants. Devant cette situation, seuls 2,6 % des collègues ont demandé une autorisation spéciale d’absence Plus de 71 % des collègues ont donc continué à travailler, tout en assumant l’école à la maison pour leurs enfants.

6,7 % des collègues ont envisagé à un moment faire la demande et 18,3 % des personnels ignoraient ce droit.

La situation risque d’être plus tendue si les établissements rouvrent progressivement, les collègues ne pouvant pas être à deux endroits (établissement et chez eux) à la fois ! Le Ministère n’a pas actualisé sa FAQ (voir notrepage sur les droits des personnels).

Outils numériques : difficultés techniques et disparités entre les élèves

Près de 51% des collègues ont rencontré des difficultés techniques. Parmi ceux-ci, il a été proposé une assistance à moins 18,6 % d’entre eux. Ces difficultés étaient pour beaucoup liées aux ENT (ne pouvant supporter le nombre de connexions simultanées). Tout n’était donc pas prêt contrairement à ce qu’annonçait le ministre. L’usage du matériel personnel pour un usage professionnel pose aussi problème.

Le SNES-FSU revendique une prime d’équipement pour tous les personnels de l’Education nationale.

Malgré les difficultés techniques rencontrées avec les ENT ou pronote, c’est la solution privilégiée par la majorité des collègues. D’autres collègues, se sont tournés vers des solutions privées mais fonctionnant immédiatement. Il aura fallu attendre le samedi 31 mars pour que le ministère de l’Education Nationale informe les collègues à propos de la RGPD, propose des solutions utilisables dans ce cadre et mette en avant les risques liés à l’utilisation de certaines plateformes.

Concernant les élèves n’ayant pas accès aux outils numériques, il a été proposé près de la moitié d’entre eux (44 %) de venir récupérer des photocopies dans les établissements scolaires. Cela mettant en danger leur santé, celle de leur famille et celle des personnels. Le ministre de l’Education Nationale avait annoncé que les élèves sans matériel informatique s’en verraient prêter un. Cela n’a été proposé qu’à 42% d’entre eux. Concernant ces élèves, le dispositif choisi a mis du temps à se mettre en place et n’est toujours pas mis en place dans certains établissements.

Le SNES-FSU demande que les règles de confinement soient strictement respectées et que le lien avec les élèves les plus fragiles soit maintenu via le prêt de matériel ou l’envoi de documents.

Continuité pédagogique et pressions managériales : réaffirmons notre liberté pédagogique !

Près de 91% des collègues interrogés ont évoqué la nécessité d’adapter leurs contenus ce qui s’est révélé, pour 93 %, difficile et chronophage. Beaucoup de collègues ont reçu des consignes de leur chef d’établissement concernant la régularité ou le contenu du travail à donner aux élèves. Si pour beaucoup, ces consignes s’apparentaient à des conseils et se sont discutées collectivement, certains collègues ont eu à faire face à des injonctions totalement inadaptées (obligation d’être connecté sur les heures de l’emploi du temps, réponse à un questionnaire en ligne chaque matin, organisation d’un bac blanc à distance…)

Le SNES-FSU est intervenu, à la demande des collègues, pour faire cesser certaines pratiques inadaptées ou inacceptables.

Des consignes envoyées, parfois tardivement, par les IA-IPR ont été reçues par près de trois quarts des collègues.

Pendant cette période, comme pendant le reste de l’année, chaque enseignant étant concepteur de son métier, c’est bien la liberté pédagogique qui doit prévaloir aussi bien dans le contenu, la régularité du travail proposé que dans les outils numériques utilisés.

Pour plus de la moitié des enseignants interrogés, il a été demandé de contacter régulièrement les familles. Les préconisations variaient selon les établissements. Certains chefs d’établissements ont constitué des listes d’appels et ont demandé aux collègues de contacter les familles au moins une fois par semaine.

Le contact avec les familles, sa fréquence et l’outil utilisé, ne peut être imposé, c’est l’enseignant qui choisit les modalités qui lui paraissent les plus appropriées dans le cadre de sa liberté pédagogique.

En majorité, professeurs principaux ont vu, à nouveau, leur charge de travail augmenter pendant cette période. Cette augmentation de la charge de travail s’est révélée significative pour l’ensemble des enseignants.

Le SNES-FSU porte comme revendication le doublement de l’ISOE ainsi qu’une revalorisation indiciaire pour l’ensemble des personnels.
Les discussions engagées à ce sujet avant le confinement devront reprendre et aboutir.

Continuité pédagogique … plutôt gestion de la discontinuité

À la « continuité pédagogique » de la communication ministérielle, près de 87% des collègues interrogés ont indiqué avoir pour objectif principal de maintenir un lien entre les élèves et l’école.
Les annonces récentes concernant les examens permettent en partie de répondre à nos inquiétudes et à celles des élèves. Même si le contrôle continu pose toujours autant problème (aussi bien cette année que dans le bac Blanquer), la situation sanitaire permettait difficilement d’envisager une autre solution.

Dans ces circonstances exceptionnelles, la préoccupation principale du SNES-FSU est la santé des élèves et des personnels.

La prise en compte de l’ensemble du dossier scolaire de l’élève, dans le cadre d’un jury délocalisé, permettra une harmonisation (même minimale).

Concernant le DNB, des interrogations subsistent notamment pour les collèges « sans notes ». Le ministère devrait publier ces conclusions mi-mai.

Le SNES-FSU a interpellé le ministère à propos du maintien de l’oral de français en Première. Cela n’est acceptable ni d’un point de vu pédagogique ni d’un point de vue sanitaire.

Enfin, il faut envisager le retour en classe et la rentrée prochaine.

Nous demandons des aménagements permettant de lutter contre le décrochage au retour en classe et à la rentrée scolaire prochaine. L’annulation des suppressions de postes permettrait de limiter le nombre d’élèves par classe, de créer (ou maintenir) des dédoublements, et de créer (ou maintenir) des dispositifs de soutien.

Face à ces constats, les questions ci-dessous sont toujours d’actualité !

La continuité pédagogique relève de la responsabilité du chef d’établissement ?

Plutôt Non. Si le chef d’établissement est chargé d’assurer les conditions de la mise en œuvre de la continuité pédagogique. A ce titre, il peut conseiller une certaine harmonisation des usages mais la forme, le choix des outils et du contenu des activités proposées, qui sont de nature pédagogiques, relèvent de la responsabilité des enseignant·es. Connaissant le niveau de leurs élèves et leurs difficultés, ils sont les mieux à même de mesurer la faisabilité de ce qui peut être proposé et/ou demandé aux élèves.

La continuité pédagogique peut-elle se substituer aux cours en présentiel ?

Non. C’est mission impossible. Un cours en présentiel est construit autour d’interactions avec les élèves. Il ne s’agit pas d’une simple transmission mécanique de connaissances factuelles. Il ne faut pas se leurrer, ni leurrer les familles. L’idée de la continuité pédagogique vise essentiellement à maintenir les élèves dans une ambiance de travail, par une activité régulière. Il ne s’agit pas de s’engager dans des modalités d’apprentissage inaccessibles, ni de créer de nouvelles inégalités, d’autant qu’on ne connaît pas le calendrier de la reprise et des examens.
A noter que le corps d’inspection recommande de tenir compte des conditions même de la continuité pédagogique (risque d’un afflux de demandes concomitantes, plus grande fatigabilité, motivation plus difficile des élèves...) dans la construction des activités proposées. Le recours au manuel scolaire papier (ou numérique) y est même clairement recommandé, « la première ressource la plus simple ». Une réhabilitation en quelque sorte !
En ce qui concerne les élèves, il faut garder en mémoire le risque d’afflux de consignes et de demandes qui seraient de nature à les décourager, surtout les plus fragiles. Il convient donc de bien doser, varier les activités et expliciter clairement nos demandes.

Pour aller plus loin lire l’analyse du groupe métier sur le site du SNES national :
https://www.snes.edu/article/contin...

L’ENT (Environnement numérique de travail) est en panne, je peux utiliser des solutions alternatives qui marchent ?

Plutôt NON ! Et seulement si ces solutions ne nécessitent pas une inscription de la part des élèves. En effet, tout service qui expose les élèves à une quelconque captation de données par une entreprise ou une association privée, a fortiori sans l’accord écrit des représentants légaux, est à proscrire. Depuis l’entrée en vigueur du Règlement général sur la protection des données (RGPD) la gestion des données personnelles est soumise à un cadre très strict (au SNES-FSU aussi !). Or nous ignorons ce que ces entreprises -qui poursuivent immanquablement un objectif commercial- font de ces données. C’est pourquoi nous recommandons de ne pas exposer les données de nos élèves. Les groupes WhatsApp, Kartable.com, Discord, etc., ne présentent pas les garanties de l’ENT de ce point de vue.
Certains établissements disposent, outre Pronote, d’un espace pédagogique (type Moodle) dont l’ergonomie n’est pas extraordinaire mais qui permet aussi de mettre des documents à disposition et d’en récupérer.
Sinon, certains services privés permettent éventuellement de mettre des documents à disposition des élèves (ex. googleDrive, OneDrive) sans recourir à une inscription. Mais pour la récupération (ou le dépôt) de travaux ce n’est généralement pas possible sans inscription (et donc la communication d’une adresse de courriel). L’ENT de l’établissement demeure donc -en dépit de toutes ses limites- l’outil qu’il convient d’utiliser.
Pour aller plus loin, lire l’article du SNES national « Télétravail pour cause de coronavirus : le RGPD s’applique aussi »

Quand l’ENT ne marche pas il faut bien que je trouve une solution ?

Non ! A l’impossible nul n’est tenu !
Le fonctionnement de l’ENT relève de la responsabilité de l’employeur. Lorsqu’il vient à dysfonctionner, les enseignant·es n’en sont pour rien responsables. D’autant qu’elles et ils sont bien aimables de se connecter depuis leur ordinateur personnel acheté avec leurs deniers sur une connexion financée par leurs propres deniers... De même pour l’usage d’un téléphone (avec les problèmes légaux qui se posent - voir ci-dessous), les dépassements de forfait seront pour nous !

Alors comment communiquer avec les élèves en dehors de Pronote ? Puis-je utiliser Discord, Whatsapp, Zoom, le mail ou le sms ?

NON ! Sauf si...

Une question de légalité

Communiquer avec les élèves en dehors de l’ENT sans l’accord écrit des responsables légaux est tout simplement interdit, quel qu’en soit le moyen. Communiquer avec les responsables légaux est possible, uniquement dans la mesure où ils ont donné leur accord. Ce qui suppose que le chef d’établissement vous a communiqué une adresse (mais il peut être utile de s’assurer de leur accord pour être contacter ainsi, car entre renseigner un mail dans un formulaire administratif en début d’année et accepter son utilisation pour des échanges de cours, il y a une marge, variable selon les familles. A noter, qu’ouvrir un lien direct sur une boite mail personnelle peut éventuellement exposer à certains abus, il convient donc d’être prudent·e. Rien n’interdit de s’adresser aux familles en leur demandant leur accord pour poursuivre via ce biais. Mais attention au risque de multiplication des modalités de travail numérique entre les collègues qui peut perdre certains de nos élèves.

Une question de respect du RGPD

Les solutions Discord / Whatsapp / Zoom dont les élèves peuvent être friands sont à proscrire puisque ces solutions nécessitent une inscription et ne nous permettent pas de garantir la protection des données personnelles de nos élèves. Pour y recourir il conviendrait de disposer d’une autorisation écrite des représentants légaux.

Dois-je continuer à compléter l’ENT si je suis en arrêt maladie ?

NON. Un arrêt de travail est un arrêt de travail. Si vous le souhaitez, vous pouvez mettre un message sur le cahier de texte des classes, en précisant « enseignant·e en arrêt maladie ».

Quelques conseils pour finir (avec l’aide du groupe histoire-géographie du SNES-FSU) :

- Il faut rappeler que dans les circonstances actuelles, la priorité est avant tout de réussir le confinement afin d’enrayer une crise sanitaire majeure. Dans ce contexte se focaliser sur les apprentissages, angoisser pour le programme, pour le travail à rendre (du point de vue élèves) ou à donner (du point de vue de l’enseignant·e et de l’administration) est dérisoire. Mettre une pression évaluative aux élèves est inutile et doit être évité.

- Il faut d’abord rassurer les familles et les élèves ; et si la continuité pédagogique, c’est évidemment important, il convient cependant de la replacer dans le contexte. Certes nous avons besoin de moyens de communication pour cela, mais si l’ENT ne fonctionne pas ce n’est pas grave. L’établissement reste joignable et les élèves peuvent toujours mettre ce temps à profit pour lire de bons livres ou voir de bons films.

- Le travail scolaire à faire peut permettre aux élèves de se changer les idées, de remplir leurs journées, de combler le manque de vie sociale, mais les modalités de travail doivent tenir compte du contexte (élèves seuls devant ce travail, fracture numérique, etc.).

- Il ne faut pas surestimer la disponibilité des esprits des élèves pour les apprentissages, y compris pour faire des révisions dans le contexte actuel. Et envisager que les moyens informatiques des familles peuvent être mobilisés pour le télétravail des parents, et lorsque les parents doivent sortir du confinement pour aller travailler cela ne facilite pas pour autant le travail de nos élèves.

- Donc lorsque l’ENT est indisponible, il est inutile de chercher en catastrophe d’autres moyens de communiquer particulièrement s’ils sont hors RGPD.

En cas de pression de votre hiérarchie de quelque nature, n’hésitez pas à nous contacter par mail.

Et prenez soin de vous.