Le sacrifice de L'École ou la politique de la terre brûlée

N’étant pas tout à fait parvenu à sacrifier complètement le baccalauréat, le ministre Blanquer a décidé d’en faire une mascarade, une de plus...

Dans le contexte difficile que nous connaissons, quand nous aurions, tout comme nos élèves, besoin de sérénité, de soutien et de sens, le ministre n’en finit pas de souffler le froid et le chaud. L’épreuve de philosophie est maintenue, et les professeurs devront corriger, dans des conditions matérielles indignes, mais vraisemblablement pour rien, puisque la moyenne annuelle s’imposera si elle est plus favorable. Quel mépris, que tant de démagogie envers nos élèves, et de désinvolture pour notre travail.
Parce que, s’il est un domaine où c’est l’escalade et la surenchère, c’est bien dans les modalités nouvelles de correction, dites « dématérialisées », instaurées sans aucun bilan des expériences menées, sans tenir aucun compte de la charge dans des disciplines comme le Français, ou la Philosophie.

Nous ne nous laisserons pas enfermer dans la querelle des anciens et des modernes, là n’est pas la question. Les problèmes portent sur le fond :

les délais impartis sont trop courts, c’est criant en philo au vu du nombre de copies (à force de grignoter les horaires, de supprimer des postes en augmentant toujours le nombre d’élèves à prendre en charge), et cela conduirait à des heures d’écran non stop, ce qui est délétère pour la santé ; par ailleurs, cette forme de travail est complètement invisibilisée, dispense l’administration de nous doter en matériel et génère nombre d’injonctions à faire autre chose en même temps : cours, réunions et autres spécialités chronophages de fin d’année ; enfin, même si toute l’administration jure la main sur le cœur qu’il ne saurait être question de flicage, nous les connaissons tous suffisamment pour savoir que leurs promesses n’engagent que celles et ceux qui y croient !
Je passe sur la décision trop tardive des aménagements des épreuves, qui ont encore connu au moins deux volte-faces autour de l’EAF, achevant ainsi de faire perdre crédibilité et sang froid aux professionnels que nous sommes, mais qui auront aussi largement contribué au mal être et à l’angoisse grandissante de nos élèves.
Et que dire du Grand Oral ? La seule certitude, c’est qu’il s’agit du Grand Œuvre du ministre, véritable idéologue d’une droite dure qui sait où elle va. Il s’y est accroché envers et contre tout, faisant sans vergogne le choix du politique au détriment de toute raison pédagogique. Les consignes et convocations demeurent encore floues à l’heure où nous publions, autre objet de scandale dû au manque d’anticipation du ministre, mais aussi parce que nos collègues administratif-ves sont tout autant pressuré-es que nous en termes de moyens, et voient également leurs missions complexifiées par la crise sanitaire.
Quant au brevet des collège, on peut se demander si quelqu’un a dit au ministre qu’il existait et que les effets de la pandémie étaient également importants au collège, et qu’il y avait là aussi, nécessité d’aménagements…
Mais en joueur de bonneteau émérite, le ministre Blanquer a préféré communiquer sur le fameux Grenelle… « Revalorisation historique », avait-il promis, on allait voir ce qu’on allait voir… Historiquement bas, nous avons vu, en effet, tout en écrans de fumée, des chiffres gonflés par des budgets déjà actés ailleurs… Mais de nouvelles menaces pour nos missions, avec notamment le retour du remplacement Robien (J-M B en était alors le chef de cabinet !!), des missions de suppléance en numérique à distance… Autant de lignes à ne pas franchir !

Nous l’avons déjà dit et répété, là où passe J-M Blanquer, l’École ne repousse pas ! Il est complètement disqualifié.

Notre congrès l’a voté, nous exigeons maintenant une revalorisation sans contrepartie, pour toutes et tous, et pas un saupoudrage de mesurettes dont d’autres organisations syndicales semblent se contenter, voire se féliciter. Nous exigeons un collectif budgétaire pour la rentrée 2021. Nous avons besoin de moyens en personnels pour permettre les rattrapages indispensables à nos élèves : profs, PsyEN, infirmier-es, Aed, CPE, assistant-es sociales, AESH. Nous exigeons la restitution des 1800 suppressions de postes dans le second degré, et l’abrogation de la loi de transformation de la fonction publique, qui dessaisit les personnels de leur droit de regard collectif sur leur carrière et mobilité, pour en revenir au statut du fonctionnaire aux ordres d’une hiérarchie plus soucieuse de gestion en contremaître que de valeurs collectives, de solidarité et de justice sociale, bases-mêmes d’un Service Public d’Éducation digne de ce nom.

C’est d’une tout autre politique dont notre École a besoin. Ce sera à nous de l’exiger et de la construire dès la rentrée de septembre.

Les semaines qui viennent sont complexes. Le Snes a déposé un préavis de grève pour la période et soutiendra les mobilisations partout où elles existeront. Nous appelons à participer aux rassemblements départementaux, voire locaux du 17 juin notamment. Nous invitons à faire les corrections et tout ce qui s’y attache, collectivement, dans nos établissements, avec le matériel professionnel et non le nôtre. Nous alertons aussi sur la nécessité de ne pas rester isolé-es. Nous savons toute la complexité des actions qui de fait, ne peuvent être portées par l’ensemble des collègues.
Enfin nous apportons tout notre soutien à nos camarades du S3 de Clermont-Ferrand, victimes de répression syndicale et judiciairement condamnés pour avoir participé à des actions contre les E3C. Un rassemblement est organisé à Clermont-Ferrand le mercredi 16 juin auquel la section académique participera.

Bon courage pour cette dernière ligne, qui risque hélas de ne pas être droite !