Le 30 octobre dernier, les député-es adoptaient en première lecture le budget de l’éducation nationale pour 2020. Si celui-ci a été présenté par la communication gouvernementale comme un budget donnant la priorité à l’éducation, la réalité des chiffres, elle, est bien plus terne.

Ce budget reste vertébré par l’austérité

Pour la FSU, au contraire, ce budget reste vertébré par l’austérité qui obère, d’année en année, notamment les capacités de notre service public d’éducation de relever tous les défis, sa capacité à prendre à bras le corps les grandes mutations sociales et économiques du monde et d’assurer la réussite de tous les jeunes. La hausse de 1 milliard annoncée est à regarder à la lumière des besoins réels en termes d’amélioration des conditions de travail et d’études et des attentes légitimes en matière de reconnaissance des personnels et de leur engagement quotidien au service de tous les élèves.
Concernant le 1er degré, la création de 440 postes, de surcroît prise aux dépens du 2nd degré, fait bien pâle figure au regard des moyens et des besoins pour tenir, par exemple, l’engagement présidentiel de limiter à 24 les effectifs des classes ou pour améliorer les conditions de travail. La mise en place des dédoublements en éducation prioritaire en CP et CE1 s’est faite, contre l’avis des personnels, au détriment du dispositif Plus de maîtres que de classes et a conduit, selon l’enquête bilan de la réforme de l’éducation prioritaire que le ministère s’est refusé de faire, à une augmentation du nombre d’élèves dans les autres niveaux.

440 suppressions de postes et augmentation des heures sup

Pour le 2nd degré, pour 2020, le gouvernement ne prévoit rien moins que l’augmentation des effectifs de classe et l’aggravation des surcroîts de travail pour les personnels par l’augmentation des heures supplémentaires pour pallier les 440 suppressions de postes. Et le ministre ne s’en cache pas en affirmant que « la compensation de la diminution des moyens d’enseignement sera assurée par l’augmentation du volume des heures supplémentaires ». Le décret pris à la fin de l’été prend donc concrètement son véritable sens.
L’enseignement professionnel public est lourdement menacé par le projet de loi de finances 2020. Il prévoit rien moins que 685 suppressions d’équivalents temps plein (ETP) de professeur·es dans l’enseignement professionnel sous statut scolaire malgré une augmentation des effectifs de 3 000 élèves. Le ministre escompte sans doute afficher des taux d’encadrement pédagogique stable en assénant aux personnels l’imposition de la deuxième heure supplémentaire obligatoire. Non content d’aggraver les conditions de travail des professeur·es de lycée professionnel (PLP) avec la réforme et son lot de dispositifs pédagogiques imposés, le ministre accroît également la charge de travail de ses personnels en les obligeant à travailler plus. Il ignore au passage l’alerte sociale confirmée par le CHSCT ministériel quant aux risques psycho-sociaux induits par sa politique.

Des conditions qui se dégradent

Les conditions d’études et d’accueil des élèves continuent de se détériorer et pourtant les personnels de vie scolaire, CPE, AED et AESH, ne verront pas en 2020 leur conditions de travail s’améliorer : aucun poste supplémentaire n’étant prévu d’être créé.
Le budget 2020, ne prévoit en outre aucune création de postes d’assistants de service social, de psychologues de l’Education nationale, d’infirmiers, de médecins scolaires… Et pourtant les besoins sont criants et les personnels se voient affecter sur plusieurs établissements. Sans doute faudra-t-il organiser des temps pédagogiques spécifiques pour que les élèves apprennent à organiser leurs urgences sur les temps prévus à l’emploi du temps des établissements de présence des personnels qualifiés pour leur répondre.
Et cette année, si aucune suppression de postes de personnels administratifs et techniques n’est annoncée, les effets à la rentrée des suppressions de la loi de finances 2019 risquent bien d’être accentués par la mise en œuvre de la réforme territoriale et des besoins en emplois nouveaux qu’elle induit. En outre, la situation de sous-administration de notre académie reste criante et nécessite que des moyens en personnels soient rapidement alloués, au risque de déstabilisation et de désorganisation dans la bonne administration et gestion du système éducatif et de ses établissements.

La non-politique salariale doit cesser sans délai

Quant aux rémunérations, à l’exception de la revalorisation de la prime REP+ qui ne concerne qu’une infime partie des personnels, les autres seront invités à circuler car, finalement, il n’y a rien à voir, ou si peu... La mise en œuvre du 3e volet du PPCR n’est que l’application d’une décision, déjà insuffisante, prise il y a 4 ans et repoussée d’un an par le nouveau gouvernement dès son arrivée. De plus, elle a été vidée de son sens non seulement par cet étirement du calendrier, mais par la poursuite de la brillante politique de gel de la valeur du point d’indice. La réunion du 7 novembre qui ne portait que sur les rémunérations des enseignant-es n’augure rien de bon pour la suite, bien nébuleuse dans les discours gouvernementaux. La FSU souligne que cette non-politique salariale doit cesser sans délai et que le travail de tous les personnels doit être reconnu. Et les réponses ressassant à l’envi le « travailler plus pour gagner plus » sont, pour le moins, malvenues.

Mobilisation des AESH le 20 novembre

Au sujet de la situation des AESH, il y a un monde entre les grands discours sur l’inclusion présentée comme priorité du quinquennat et la réalité des conditions de travail, de salaire et d’emploi de celles et ceux sans qui cette inclusion ne peut devenir une réalité. La circulaire académique n’est pas parfaite mais elle a le mérite de préciser le cadre de gestion, mais la gestion de la rentrée a été désastreuse et les problèmes de contrats, l’absence d’interlocuteurs fiables, les pressions sur les AESH continuent malgré un mois d’octobre où tout devait rentrer dans l’ordre. C’est pour ces raisons et bien d’autres encore que la FSU appelle dans un cadre intersyndical les AESH à se mobiliser le 20 novembre prochain et demande à ce qu’une délégation soit reçue à cette occasion.

Des réformes contre les personnels

Nous faisons aujourd’hui le bilan d’une rentrée et de multiples réformes, sans que les personnels soient entendus. Un groupe de travail devait avoir lieu sur la réforme du lycée et ce sujet se résume à une simple annonce de fonctionnement, alors que les personnels demandent à être entendus, par exemple sur la mise en place des E3C dont les conditions s’avèrent déplorables. Lors du dernier CTA, la question du bac pour les sections sportives ski avait été posée et la réponse du ministère, par un décret d’adaptation des épreuves, ne répond en rien aux demandes des personnels et aux particularités de cette section.

Le dynamitage de l’éducation prioritaire et la déréglementation

Le mardi 5 novembre, le ministère a enfin réceptionné le rapport Azéma Mathiot « Mission territoire et réussite ». Soi-disant pour une gestion « plus souple et proche du terrain », les REP, délabellisés, passeraient sous responsabilité académique. Les recteurs auraient la main sur la répartition des moyens, notamment entre éducation prioritaire et ruralité, dans un contexte budgétaire contraint et sous la pression des collectivités locales. Quant aux lycées recevant des élèves de l’EP, il n’en est question dans le rapport que pour y développer une approche individualiste via les « Cordées de la réussite » dont on sait qu’elles ne bénéficient qu’aux meilleurs élèves.
Sous couvert d’expérimentation, les rapporteurs proposent nombre de mesures qui sont autant d’attaques contre nos statuts : bivalence, postes à profil, recours encouragé aux contractuels et aux lettres de missions, dans la droite ligne de la loi Fonction publique. Les pistes proposés par les rapporteurs et reçues positivement par JM Blanquer vont à l’opposé d’une véritable politique soucieuse de la réussite de tous les élèves et du respect des personnels. Pire, elles ne font que confirmer les tendances à la dérèglementation sous couvert d’autonomie que notre hiérarchie, à plusieurs échelles, essaient d’imposer, malgré le refus des parents et des personnels. La mobilisation contre les EPSF, les « écoles du socle » en est un exemple.

Grève du 5 décembre contre la précarisation de la Fonction publique et la destruction du système des retraites

Ces mesures ont cependant un écho favorable dans les propos de notre gouvernement et de notre président qui promettent à leurs agents une précarisation de la fonction publique, une augmentation de leur charge de travail et une casse de leur système de retraite.

C’est contre cette politique de casse de l’éducation, de la Fonction publique et du principe même de solidarité que notre système de retraite, issu du programme du CNR, que la FSU appelle à la grève le jeudi 5 décembre.