26 novembre 2019

Retraite et Protection sociale

Réforme des retraites : réunion publique avec la député LREM à Voiron

Nous sommes allés, jeudi 7 novembre, à 3 retraité.es et un actif du SNES (**) paticiper à un débat à l’initiative de la députée LREM de la circonscription de Voiron et piloté par "l’ambassadrice des retraites à l’Assemblée Nationale" (titre sur l’invitation !!!), députée MODEM iséroise, Monique Limon.

À l’entrée du site du CREPS à Voiron, une dizaine de militants CGT avec drapeaux distribuent un 4 pages sur les retraites. Dans la salle, il y a une quarantaine de personnes.

Dans un premier temps, Madame "l’ambassadrice" présente la réforme comme un choix de société qui sera « plus juste et plus simple pour tout le monde  » ; elle commence par ses objectifs : système de retraite universelle, adaptée à l’évolution du travail, luttant contre la « fragmentation » liée aux solidarités professionnelles et catégorielles et répondant à la nécessité de l’équilibre financier et du travailler plus longtemps. Elle fait défiler un diaporama avec quelques repères :

  • Un âge minimal de départ à la retraite à 62 ans (l’adjectif est important) ;
  • Un âge du taux plein évoluant selon l’espérance de vie : s’il est individuel, il dépend d’une certaine durée de cotisation exigée (la « durée d’assurance requise » aujourd’hui exprimée en trimestres) ; si elle n’est pas atteinte, la retraite est « minorée » selon une décote, si elle est dépassée, elle est « majorée » avec une surcote. Si l’âge du taux est collectif, il est proposé que celui-ci soit de 64 ans pour la génération née en 1963 ; elle précise que ça reste une retraite par répartition.
  • 100 % des droits acquis transférés dans le nouveau système (!?)
  • L’exigence de garantir l’équilibre financier du système de façon pérenne comme « enjeu majeur de cohésion sociale et intergénérationnelle » ;
  • La création d’une caisse nationale de retraite universelle dotée « d’instances de gouvernance innovantes » mais «  des règles de pilotage du système fixées par la loi » (l’État a donc la main …)

De nombreuses questions fusent de la salle au cours même de la présentation.
La députée alterne entre « je n’ai pas entendu », « je ne sais pas » et « attendez la fin de la présentation », manifestement pas du tout à l’aise malgré la formation "approfondie" qu’elle aurait reçue de l’équipe Delevoye pour faire la promotion de la réforme (selon la journaliste LCP présente).

Plusieurs participants veulent rester en plénière mais 5 ateliers étaient prêts avec des fiches explicatives (état des lieux du système actuel et propositions) par thèmes : la gouvernance et l’équilibre du système, les conditions de départ à la retraite, les droits à retraite au titre de la solidarité, les droits familiaux et conjugaux, la transition vers un système universel.

Chaque atelier, qui a droit à 30 mn d’échanges, doit élaborer des propositions qui seront "remontées et étudiées » dans le cadre d’une nouvelle phase de concertation nationale … car tout est ouvert … (sauf ce qui est fermé comme le système par points, l’universalité… la disparition des régimes spéciaux …).

Chaque atelier fait un bref retour en plénière. L’un d’eux demande que la réforme "égalitaire" et « juste », en particulier pour les indépendants et les précaires, soit mise en place le plus rapidement possible (malgré quelques bémols qui ont été formulés). Il est le seul à faire une telle proposition. Les 4 autres ateliers sont très critiques.

Un débat général s’en suit. Des solutions sont proposées pour augmenter les ressources afin de financer les pensions : augmentation de la masse salariale, augmentation du salaire des femmes, application d’un taux de cotisation sur les dividendes versés aux actionnaires.

La majorité des personnes qui ont pris la parole avaient une excellente connaissance du projet de réforme (Attac, CGT, 1 représentante de l’Isère à la Coordination nationale des Gilets Jaunes, animatrice de débats sur les retraites dans la vallée du Grésivaudan). Quelques personnes ne le connaissaient pas et venaient s’informer. Elles ont découvert par exemple la "règle d’or" qui limite le prélèvement à 13,8% du PIB pour financer les retraites, alors que le nombre des retraités va augmenter, baissant ainsi le montant des pensions (un jeune, à l’atelier sur la gouvernance, a d’ailleurs dit que si c’était vrai, il ne servait plus à rien de discuter car tout le monde allait y perdre).

Il a été aussi beaucoup question des femmes et des pertes qu’elles allaient subir en cas de réforme (sur les droits conjugaux et familiaux). On a abordé le cas des fonctionnaires, en particulier des enseignants, les « grands perdants » avec les chercheurs (ce que la députée locale et un « encravaté » porteur de la réforme, passant d’atelier en atelier n’ont pas contesté … mais intégration des primes et discussions salariales en cours dans l’Education nationale !!!).

A plusieurs voix, il a été demandé que, rien ne justifiant la réforme, ni dans son urgence ni dans son contenu, le gouvernement l’abandonne et en reste au système actuel.

Aucune réponse n’a pas été apportée aux questions précises de certains participants (ex : la prise en compte des enfants pour les salarié.es qui dépendraient du système actuel puis du nouveau avec la majoration de 5% dès le 1er enfant ou l’évolution de la valeur du point, en particulier celui de service à la liquidation de la retraite). Une incompétence de « l’ambassadrice » (sa collègue ne valait guère mieux) qui récitait sa leçon, ne dominant pas le sujet, et répondant : "je sais que je ne vous convaincrai pas."

En fin de réunion, 2 femmes ont enfilé leurs gilets jaunes et sont allées vers la députée qui a affirmé comprendre les GJ. Nos femmes GJ lui ont dit regretter que rien n’ait changé depuis le début de leur mouvement et que leurs revenus n’aient pas évolué.

La chaîne parlementaire LCP a filmé et fait plusieurs interviews qui devraient être diffusées vers le 5 décembre. Deux participants (militants d’Attac) ont expliqué pourquoi le projet était mauvais sur le fond, mais la journaliste voulait savoir surtout s’ils considéraient que la méthode de travail d’aujourd’hui était bonne !!! L’un a répondu que rien n’était sorti des "grands débats" et qu’on craignait de ne pas être entendus après cette réunion. Une gilet jaune a demandé aux 3 secrétaires de séance derrière leurs ordinateurs qu’on lui envoie les demandes qui seront transmises à Delevoye (promesse faite). Les députées ont terminé la soirée face à la caméra de LCP (on se demande le bilan qu’elles en ont pu en tirer) pendant qu’un groupe « militant » tonique discutait et avait peine à se séparer ...

Il n’y a eu personne, même pas les 2 députées de la majorité, pour défendre la retraite Macron-Delevoye. Elles étaient dépassées et à la fin, c’était même pitoyable !!!
Leur méconnaissance du système actuel de retraite (et du projet de réforme) témoigne à tout le moins de la complexité de la chose qui met en difficulté d’en rendre compte quand on ne la maîtrise pas. Elle témoigne aussi plus globalement de la méconnaissance de nombreux « nouveaux » parlementaires de la majorité des mécanismes et règles de base de la société dans laquelle ils vivent et qu’ils veulent transformer !!!
Le constat de cette forte convergence d’appréciations et de points de vue - pour tout dire, une quasi cristallisation de l’assemblée en contre - ne peut que nous conforter quant à la possibilité de synergies et d’élargissements d’action.

En conclusion : Une belle soirée, qui donne de l’espoir et la certitude qu’il faut occuper le terrain en investissant ces réunions publiques !!!

( **)Annie Eveno, Marie - Laurence Moros et Jean-Pierre Varnet, auxquels s’est joint Nicolas Ripert.

CR Réforme des retraites réunion publique avec la député LREM à Voiron