Le puzzle macabre

Plus les annonces tombent, et plus la cohérence du projet libéral pour l’école se fait jour. Ce sont comme les pièces d’un mécano diabolique qui s’emboîtent. Il s’agit, dans cette « école de la confiance », depuis la maternelle jusqu’à l’enseignement supérieur d’effectuer un tri irréversible et sélectif entre les 50% promis au niveau licence, selon les besoins estimés, et les autres, le reste, qu’il s’agira de parquer comme on peut. Ce n’est pas notre projet d’École, ni de société.

Dans notre secteur, d’un côté, les établissements publics locaux des savoirs fondamentaux (EPLSF), de l’autre, les établissements publics locaux d’enseignement international (EPLEI) ; au lycée, dès la rentrée prochaine, liberté de choix pour leurs enseignements de spécialité de première promise à nos élèves... dans la limite des places disponibles, et avec accès prioritaire aux élèves déjà scolarisés en seconde dans les établissements dispensant les spécialités visées !
Mensonge éhonté, arnaque ?
Pas du tout : il y a la parole du ministre à la radio, sur les plateaux télé, et celle des circulaires signées de sa main.

Ce ne sont pas les mêmes ? Et alors ? En guise d’explication, et de fustiger les syndicats, « ces ventilateurs d’angoisse », et de chercher à museler la profession, via l’article 1 de sa loi Blanquer, dite « école de la confiance ». On n’est plus à un paradoxe près, pas plus qu’à une antiphrase supplémentaire. C’est une régression majeure, de plus de 30 ans, la restauration de l’école du tri précoce d’avant la seconde indifférenciée.

Que dire du bac ? On voit bien que si l’argument de vente était la simplification, on aura tout sauf ça ! En revanche, finis les repères nationaux construits par la préparation de tous les élèves aux mêmes épreuves… chaque spécialité aura les siennes, et chaque élève aura une combinaison de 2 parmi 12, additionnée d’épreuves maison, mais rassurons-nous, le bac reste national, ça , c’est promis !

Et pendant ce temps, pour que rien ne puisse repousser, le dépeçage continue, suppressions de postes à tout va, recours toujours plus important et théorisé dans le projet cap 22 à la précarité, destruction du statut de la Fonction Publique alors que c’est justement ce statut qui est garant du bon fonctionnement, voire de leur possibilité même de fonctionnement des services publics, en mettant le fonctionnaire à l’abri des pressions de sa hiérarchie directe ou de clients, tout comme de toutes formes de corruption, lui permettant ainsi de servir l’intérêt des usagers. Le paritarisme en est la clé de voûte, qui fait du fonctionnaire non pas un serviteur zélé aux ordres, mais un fonctionnaire citoyen.

Il nous faut donc, inlassablement, poursuivre les luttes, sur le terrain au quotidien (les démissions de PP se multiplient, les réunions avec les parents, indispensables, s’organisent, les nuits des établissements, l’interpellation des parlementaires, nos élu-es…), mais aussi plus unitaires, plus visibles encore.

Nous avons la responsabilité, pour notre secteur, de participer largement aux manifestations du 1er mai pour dénoncer le traitement fait à l’école.

Le 9 mai sera un temps fort de mobilisation Fonction Publique : il est devenu intersyndical, à l’appel de toutes les fédérations. Ce gouvernement veut en finir avec toute forme de redistribution, de garanties collectives ; face à des gilets jaunes qui réclament à corps et à cris davantage de justice fiscale et de services publics, ils ont osé retourner le propos, l’utiliser sans vergogne en répondant baisse d’impôts et suppressions de postes de fonctionnaires, avec le slogan de « contre l’emploi à vie » pour exciter les foules ! Ils osent tout, semblent prêts à tout pour s’accaparer et se partager un « pognon dingue » !

Mais nous ne sommes pas décidés à céder, à renoncer sous les coups qui pleuvent de toute part, sans oublier les projets délétères sur la retraite. Sachons en porter aussi, en étant toutes et tous en grève et manifestations le 9 mai, en organisant des établissements morts…

Pour la suite, parce que nous devons aussi être forts dans notre secteur, nous organisons une manifestation nationale à Paris le samedi 18 mai Enfin , si le ministre s’entête, n’ouvre pas de discussion, alors, il portera l’entière responsabilité des suites qu’il nous faut bien envisager dès maintenant, et pour lesquelles nous lançons une consultation des syndiqué-es jusqu’au 7 mai, (très forte participation attendue). Les résultats seront annoncés le 9 mai, et doivent nous faire entendre.

Bien sûr, nous avons rendez-vous sur tous les fronts, et nous saurons y être !

« Segur que tomba, tomba, tomba
I ens podrem alliberar »

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L’ Estaque

Tant de charettes sont passées,
Sous un Soleil incertain,
Il était vieux il me parlait,
Devant sa porte un matin,
As-tu vu je lui demandais,
L’estaque qui nous retient,
Si nous ne pouvons le briser,
Jamais nous n’irons plus loin.

Si nous tirons, il va tomber,
C’est sûr ça ne peut pas durer,
C’est sûr il tombe,tombe,tombe,
Il est déjà bien penché.
Si je tire fort par ici,
Et si tu tires fort aussi,
C’est sûr il tombe, tombe, tombe,
Comme un jour la liberté.

Depuis toujours, depuis longtemps,
On s’y écorche les mains,
Et l’on se dit de temps en temps,
Que l’on s’est battu pour rien,
Si la force vient à manquer,
Si ce sont eux les plus forts,
Notre combat doit continuer,
Et nous chanterons encore.

Un jour le vieux fit silence,
Un vent mauvais l’emporta,
Devant sa porte je pense,
Que lui seul sait où il va.
Mais d’autres enfants nous viennent,
Qui vont se mettre à chanter,
Cette chanson qui fut sienne,
Cette chanson qui disait.

Lluis LLach.