Le roi est nu

Non content de pousser à bout les personnels à force de déni et de mépris, le ministre Blanquer franchit encore un cran supplémentaire en inventant le bac provisoire et les notes fabriquées …

Pour quelqu’un qui s’offusquait, il y a peu, de professeurs qui avaient prétendu mettre des 20 à tous leurs élèves, qu’il accusait de services non faits et vouait aux gémonies, il faut bien avouer que cela ne manque pas de sel !

Et de parler de sabotage, et de répéter en boucle prise d’otages… Mais si les mots ont un sens, ces propos sont véritablement outranciers : n’en déplaise au ministre, le droit de grève est constitutionnel, et bien loin de mettre en jeu la vie de nos élèves, il nous permet de leur ménager un avenir démocratique, tout au contraire du futur bac Blanquer. Quant à la notion de sabotage, à y regarder de plus près, c’est peut-être un bien joli compliment qu’il nous adresse à son insu : le sabotage est l’un des premiers actes de résistance des syndicalistes de la fin du XIXe siècle puisqu’il s’agissait alors de mettre hors d’usage du matériel, des machines, de désorganiser ou compromettre le succès d’une entreprise. C’est bien là notre combat : obtenir l’abandon du bac et du lycée Blanquer, qui n’ont d’autres vues que d’organiser des suppressions massives de postes dans l’Éducation, faisant complètement fi du rôle émancipateur de l’école et se moquant comme d’une guigne d’abandonner les plus fragiles au bord du chemin.

Le roi est nu, le ministre est aux abois et a complètement perdu son sang froid, n’étant plus que menaces et invectives. Au moins, chacun aura-t-il pu voir son vrai visage, singulièrement contrastant avec l’école de la confiance qu’il avait voulu promouvoir jusque-là.

Alors qu’il porte l’entière responsabilité de la situation de crise dans laquelle nous sommes, il a réussi l’exploit, par son mépris accru, de faire basculer dans la grève des collègues qui n’en avaient pas eu d’abord l’intention. Il repousse au 16 juillet l’audience qu’il avait accordée « jugeant que les conditions ne sont pas réunies » … Ah bon ? Après la canicule… La ficelle pour gagner du temps est un peu grosse. Et pour la rentrée, un grand débat ? Nous finissons par bien connaître la panoplie des manœuvres dilatoires de ce gouvernement.

De notre côté, nous savons que la rentrée s’annonce dure. Charge de travail accrue, notamment par la deuxième HSA imposée, suppressions de postes, effectifs très lourds, manque de personnels, mise en place complètement dans le brouillard de la réforme en lycée, dont on commence déjà à mesurer concrètement que ça ne tient pas, lourdeur de la mise en œuvre de nouveaux programmes souvent bien contestables, conçus à la hussarde, dans le plus grand mépris de notre expertise professionnelle…

Nous appelons à prendre l’heure d’info syndicale dès la prérentrée, en août, pour faire des états des lieux d’urgence, que nous partagerons dès le jeudi 5 septembre, en conseil syndical académique à la bourse du travail de Grenoble. Nous devons, nous le savons d’ores et déjà, nous préparer à amplifier encore la lutte.

Nous sommes légitimes à refuser la destruction du bac : par ses directives méprisant notre travail comme celui de nos élèves, le ministre nous offre la vision grandeur nature de ce qu’est un bac maison.
Il nous montre également en taille réelle ce qu’est l’autoritarisme du petit chef : la mise en place de la loi fonction publique, qui détruit le rôle des élus des personnels et augmente le recours aux précaires, vise à asservir les fonctionnaires. Ce n’est non seulement pas bon pour nous, mais c’est délétère pour les services publics et leurs usagers.

En clair, nous ne voulons pas travailler plus, pas davantage être payés moins, ni devenir des personnels aux ordres, et encore moins perdre toute perspective d’une retraite décente.

Ce sont ces combats qu’il nous faudra très vite poursuivre, et peut-être d’autres, car ce gouvernement n’est pas avare de mauvais coups, et se durcit dans une dérive désormais orientée vers la répression à tout va. C’est plus qu’inquiétant, et nécessitera la mobilisation d’un plus grand nombre encore.

D’ici là le Snes-FSU soutient tous les collègues en lutte et met en place une caisse de grève.

Néanmoins, il est important de reconstituer nos forces vives, et au nom de la section académique, je vous souhaite de bonnes vacances, pour une rentrée combative.