17 janvier 2020

Retraite et Protection sociale

Manipulation grossière où on prend les salariés mobilisés pour des C- -S !!!

Le faux compromis conclu entre le 1er ministre et les organisations syndicales « réformistes » était préparé depuis longtemps par le pouvoir pour poser dans le paysage la CFDT comme l’acteur incontournable du mouvement social.

Après avoir placé pendant des semaines, avec le soutien des médias dominants, la question de l’âge pivot comme étant au cœur du conflit sur les retraites, Laurent Berger a été installé interlocuteur privilégié du gouvernement, détenant la clé de son possible dénouement.

Ce scénario grotesque, au mépris des centaines de milliers de grévistes et de manifestants dans l’action, a mené à l’annonce d’une « conférence sur l’équilibre et le financement des retraites ». Cette dernière proposera fin avril 2020 « les mesures permettant d’atteindre l’équilibre financier en 2027 ». Pour démontrer sa « confiance aux partenaires sociaux », Edouard Philippe a écrit : « je suis disposé à retirer du projet de loi la mesure de court terme que j’avais proposée, consistant à converger progressivement à partir de 2022 vers un âge d’équilibre de 64 ans en 2027 ». Et voilà ainsi mise en scène au final une « victoire » pour la CFDT et une « avancée majeure » pour l’UNSA.

On nous prend vraiment pour des C- - S.

Quand le président de la République et sa majorité parlementaire se félicitent de ce compromis, ils ne s’adressent à aucune organisation à l’initiative du mouvement social depuis le 5 décembre 2019.
En effet, si la CFDT et l’UNSA sont en première ligne dans le conflit à la RATP ou à la SNCF, elles n’ont jamais appartenu au front syndical interprofessionnel uni depuis le début du mouvement et composé de la CFE-CGC, la CGT, FO, la FSU, Solidaires, l’UNEF et l’UNL. Dans le monde réel de ce conflit historique, ces deux syndicats n’ont jamais organisé de manifestation (pour l’une d’entre elles, c’est bien connu, la manifestation ne fait pas partie de sa culture !!!) et lorsqu’elles ont annoncé leur participation à des défilés (17 décembre et 11 janvier), elle a été plus que modeste. Dans notre secteur de l’Éducation, dans de nombreux départements, l’UNSA est partie prenante de l’action et certains adhérents du SGEN-CFDT sont présents derrière les banderoles de leurs établissements ou services.

une mise en scène politico-médiatique

Mais la lettre d’Edouard Philippe relève d’une mise en scène politico-médiatique qui feint d’ignorer qu’elle ne s’adresse pas aux principaux-ales intéressé-es qui restent moblisé-es.
Le seul retrait de l’âge pivot à 64 ans n’est pas la revendication de l’intersyndicale dans laquelle la FSU est pleinement impliquée. Notre exigence a toujours été et reste le retrait du projet de réforme des retraites par points. C’est l’ensemble du projet qui est néfaste et l’âge pivot n’est qu’une régression supplémentaire. Ce pseudo recul gouvernemental n’est en rien susceptible de nous satisfaire. Il a aussi pour objet de détourner l’opinion publique de son soutien au mouvement pour le retrait de la réforme (qui reste encore à 60% environ).

D’autant plus que cet âge pivot ou d’équilibre (c’est la même chose) n’est pas retiré.

Le 1er ministre confirme sa volonté de reculer l’âge de départ à la retraite et de faire des économies (à court, à moyen et à long terme) pour baisser les pensions … double entourloupe, escroquerie, manipulation, pipeau, dans un « dialogue social » contraint et sur le temps imparti et sur les mesures de financement déjà repoussées (hausse des cotisations à la grande satisfaction du Medef qui ne veut pas augmenter le « coût du travail » !!!) et sur une issue possible par ordonnances.

Rien n’a changé sur le fond entre avant et après la lettre d’Edouard Philippe du 11 janvier.

Certains l’ont bien compris, ceux qui défendent les intérêts du capital, honnissent les fonctionnaires et les salariés des régimes spéciaux, prônent la réforme par points. Voir cet article récent des Échos (eh oui il faut lire la presse de nos ennemis !!!) :
« Le Premier ministre, Edouard Philippe, doit certes retirer du projet de loi qui sera présenté en Conseil des ministres la montée en charge à 64 ans de l’âge pivot entre 2022 et 2027. Il devra certainement, au terme de la conférence financière qui va s’organiser, adopter un « cocktail de mesures » pour dégager les 12 milliards d’euros nécessaires. Et donc pas seulement une mesure incitant à travailler plus longtemps. Mais cela restera probablement l’ingrédient principal du dit cocktail. Surtout, le gouvernement a obtenu de la CFDT qu’elle accepte que ces mesures de redressement figurent bien dans la loi, alors que Laurent Berger avait exclu toute réforme paramétrique. La nécessité d’équilibrer les comptes est d’autant mieux garantie qu’une « règle d’or » plutôt robuste figure dans le texte de loi. Enfin, l’âge pivot est certes remisé temporairement, mais il est consacré comme élément central du futur régime universel. Avec l’aval, désormais, des syndicats réformistes. »

L’analyse dans cette conclusion est limpide : rien ne change sur le fond du projet … mais quelle responsabilité, au premier rang de la CFDT, et de l’UNSA !!!

Nous ne sommes pas dupes. Nous, notre responsabilité est de continuer la lutte, sans compromis ni compromission, jusqu’à la victoire et c’est POSSIBLE !!!

Marie-Laurence Moros