Tirage au sort contre roulette russe ?

Conditions de rentrée, baccalauréat, orientation, nouvelle seconde dès 2018… Un bien mauvais tour de passe-passe

Quel procédé éhonté, qui consiste à faire porter le chapeau du manque de places criant dans le supérieur lié au baby boom des années 2000 au logiciel d’orientation APB ! Les médias n’en finissent pas de répéter à l’envi que c’en est bien fini du tirage au sort…Bien sûr, évidemment qu’en bout de course, le tirage au sort est absurde, mais de quoi s’agit-il ? Peut-on sérieusement reprocher à un logiciel de répartition d’être dans l’impossibilité de placer plus de candidats qu’il n’y a de places effectives à l’autre bout ?

Et ensuite, la première maille arrachée, de détricoter consciencieusement tout le reste. Donc si le système d’orientation dysfonctionne, c’est la faute du bac, et bien sûr, de l’organisation du lycée… Et de proposer une nouvelle usine à gaz, qui fabriquera très bien le rideau de fumée utile à masquer la baisse globale des horaires alloués, la disparition des filières, la voie technologique fusionnée au milieu du reste alors même qu’elle est facteur de démocratisation et d’accès aux connaissances par d’autres méthodes, et le choix d’un tri social revendiqué et dévolu aux enseignants. Avec des propositions de passage à un découpage en semestres aux contenus différents, il y a de surcroît un vrai risque d’annualisation de nos services, et bien sûr, leur alourdissement dès lors que l’on rogne les horaires élèves.

En touchant de cette manière à la pierre angulaire du système, c’est la fin de la possibilité pour tous nos élèves du droit aux études supérieures ouvert par le baccalauréat, premier grade universitaire. Ils devront désormais, dès la troisième, être capables de construire le parcours gagnant, avec un groupe classe qui se dilue, sous peine de ne pas être admis dans le supérieur, parce qu’ils ne répondront pas aux bons attendus. Et pire, ce sera leur propre faute !

La rentrée s’annonce catastrophique en termes de moyens et d’effectifs, en lycée comme en collège

Même l’administration a dû en convenir lors du CTA du 22. Et ce gouvernement n’a pas l’intention de restaurer l’école. Il a même entériné, cynisme absolu, la réduction de 20% des postes au concours, asséchant ainsi durablement la perspective d’apport de moyens nouveaux et aggravant le manque de professeurs. D’une certaine façon, cela montre bien le sens profond de ces nouvelles réformes qui affectent le lycée, mais bien au-delà, tout le second degré. Pour ce gouvernement, l’accès de tous à l’école, malgré les grandes déclarations de façade, n’est pas un objectif, de la même façon que les réformes fiscales, les lois travail ou l’attitude face aux migrants montrent le choix d’un libéralisme dur, peu soucieux de solidarité ou de justice sociale.

Nous ne sommes pas décidés à participer à ce jeu de dupes.

Le 1er février, nous débattrons, en posant des heures mensuelles d’info syndicale dans tous les établissements, des conditions de rentrée, du rapport Mathiot, qui a été révélé mercredi, comme un mauvais film, et pour ce qui en reste, tant le procédé des fuites a été largement orchestré. C’est un rendez-vous d’action interfédéral sur Parcoursup, avec aussi les étudiants et les élèves qui pourra aller jusqu’à la grève ; participons à toutes les initiatives.

Le Snes-FSU, prenant ses responsabilités de première force syndicale dans le second degré, a décidé d’appeler à une grève second degré le mardi 6 février, sur les conditions de rentrée, iniques, et sur ces projets de réformes.

La mise à sac du second degré n’est pas admissible, nous avons le devoir d’alerter et de mobiliser très largement la profession, mais aussi les familles et nos élèves qui vont se retrouver piégés par les nouvelles modalités d’accès au supérieur mises en place tout de suite alors qu’elles ne sont même pas encore votées ou par une nouvelle seconde dès la rentrée 2018 ; le ministre doit communiquer ses décisions en mars, mobilisons-nous en force pour peser sur ces annonces à venir.
Une AG académique se tiendra à la bourse du travail à 10h, suivie à 14h par un rassemblement académique devant le rectorat avec notre batucada. Nous poursuivrons la mobilisation le 7 avec des initiatives FSU, sur l’école dans toutes ses dimensions. Des suites au niveau de la fonction publique (salaires et emplois) sont d’ores et déjà en construction pour fin mars.

Rien ne doit, rien ne peut s’écrire sans nous.

Ce gouvernement croise les techniques du chamboule tout et du bulldozer. Opposons-lui la résistance déterminée de la justice sociale et de la mobilisation citoyenne.